Pacifistes, investissez dans l’armement!

Pour la «Sonntags-Zeitung», investir dans l’industrie de l’armement est une bonne chose. © ZDF
Article publié sur Infosperber du 1er décembre 2025, traduit et adapté par Bon pour la tête
Jusque-là, la rubrique Argent du journal dominical SonntagsZeitung était ennuyeuse, les sujets les mêmes depuis des années: à long terme, les actions sont plus rentables que les obligations; des rendements élevés ne sont pas sans risque; les prêts hypothécaires à taux fixe sont moins chers que les prêts hypothécaires à taux variable mais on dort mieux avec un prêt hypothécaire à taux fixe; etc.
Mais voilà que Martin Spieler, le conseiller financier du journal, s’intéresse soudain à un nouveau sujet: l’industrie de l’armement. Le 9 novembre dernier, un lecteur, dont les initiales sont ZV — bien que l’authenticité des questions posées soit parfois incertaine — a demandé: «Pourriez-vous nous parler plus en détail de l’industrie de l’armement et des actions du secteur de la défense, et nous donner des conseils pour investir dans ce dernier?» Martin Spieler en était presque euphorique. Il a répondu que Rheinmetall, le conglomérat industriel allemand spécialisé dans l’armement, qui profite directement du boom dans le secteur, notamment en Europe, était devenu «la coqueluche de la bourse». Et d’ajouter: «Plus impressionnantes encore sont les actions du groupe Renk, qui ont bondi de 300%.»
Le conseiller financier de la SonntagsZeitung n’a pas hésité une seconde à recommander explicitement d’investir dans l’industrie de la défense: «Le fait que de nombreux pays aient décidé de moderniser leurs armements plaide en faveur des actions du secteur. Ce processus ne fait que commencer. C’est particulièrement visible en Allemagne. Le gouvernement fédéral allemand, sous la direction du chancelier Friedrich Merz, a annoncé un vaste programme de réarmement et entend porter les dépenses de défense à 3,5% du produit intérieur brut d’ici 2029.» Il a même spécifiquement conseillé l’achat de trois ETF — Exchange Traded Fund (Fonds Négocié en Bourse) — et en a fait la promotion en mentionnant les numéros ISIN à douze chiffres qui servent à identifier avec assurance les ETF.
Et l’éthique alors?
Au beau milieu de sa réponse de cent-dix-huit lignes, Spieler a maladroitement glissé quatre lignes sur l’éthique: «La question de savoir si l’on peut dormir sur ses deux oreilles après avoir investi dans des actions d’entreprises d’armement reste une affaire de conscience personnelle.» C’est tout.
Bizarrement, deux semaines plus tard, un autre lecteur, KC, revient à son tour sur la question: «Recommanderiez-vous le VanEck Defense UCITS ETF en complément de mon portefeuille?» Le même ETF, comme par hasard, déjà recommandé deux semaines plus tôt par la SonntagsZeitung. Et, là encore, Martin Spieler a sauté sur l’occasion pour faire la promotion du VanEck ETF qui offre «la possibilité d’investir dans un portefeuille diversifié de sociétés du secteur de l’armement et de la défense».
Le conseiller financier de la SonntagsZeitung n’a tout de même pas osé aller aussi loin que Dmitrii Ponomarev, chef de produit chez VanEck, justement, une société mondiale de gestion d’investissements dont le siège est à New York. Sur le site web de l’entreprise, Ponomarev a écrit: «Face à l’instabilité mondiale, ce secteur est de plus en plus perçu comme contribuant à la paix et à la sécurité.» Plus loin, il réaffirme: «Les investissements dans l’industrie de la défense sont une contribution à la paix dans un contexte d’instabilité croissante.»
Ou, pour le dire autrement: Pacifistes, investissez dans l’armement!
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