La transparence aurait peut-être permis d’éviter la catastrophe de Crans-Montana

Publié le 23 janvier 2026

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Le label «confidentiel» peut servir à dissimuler des contrôles négligés, des fautes professionnelles et du népotisme, et pas seulement en Valais. Partout en Suisse, le secret administratif entrave la prévention, protège les manquements et empêche les citoyens de contrôler l’action publique.

Un article publié sur Infosperber le 19.01.26, traduit et adapté par Bon pour la tête

La catastrophe de Crans-Montana illustre de manière brutale les effets délétères du manque de transparence administrative en Suisse. Si les rapports d’inspection officiels avaient été publiés en ligne, il serait apparu que les contrôles obligatoires du bar Constellation n’étaient pas effectués régulièrement. La publicité de ces documents aurait probablement incité les autorités à appliquer la loi avec plus de rigueur et les exploitants à respecter les normes de sécurité, sous le regard des citoyens et des médias.

Mais nous sommes loin de la transparence. Même interrogées par la NZZ am Sonntag, des dizaines de communes valaisannes ont refusé de fournir des informations sur leurs contrôles de sécurité incendie. Si les lois et règlements sont accessibles en ligne, leur mise en œuvre concrète — inspections, directives internes, décisions administratives — reste largement couverte par le sceau du «confidentiel».

L’intérêt public devrait primer

Ce secret peut être légitime lorsqu’il s’agit de décisions concernant des particuliers. Il l’est beaucoup moins lorsqu’il concerne des entreprises ou des personnes morales. Dans ces cas, l’intérêt public devrait primer. La publication en ligne des permis d’exploitation, des décisions administratives et des recours permettrait de prévenir l’arbitraire, de réduire les procédures contestables et d’améliorer la qualité des contrôles. Aujourd’hui, par exemple, lorsque la Suva estime que des travailleurs sont en danger, ni les salariés concernés ni les syndicats n’en sont informés, et les procédures restent opaques.

La transparence est également essentielle au bon fonctionnement de la gouvernance démocratique. Les procès-verbaux des réunions gouvernementales devraient être accessibles au public, sauf en cas de secret d’Etat avéré. Ce n’est qu’en sachant quels intérêts sont entendus, quelles alertes sont ignorées et quelles failles sont identifiées que les décisions peuvent être évaluées et corrigées. Le secret nourrit le lobbying et le copinage, pratiques incompatibles avec une démocratie saine.

Qui bénéficie des subventions?

La question des subventions illustre un autre angle mort. Chaque année, environ 50 milliards de francs suisses sont distribués par la Confédération. Les contribuables ont le droit de savoir qui bénéficie de ces fonds. Une transparence accrue aurait permis d’éviter certains abus, notamment lors de l’octroi des prêts COVID-19, et de réduire le nombre de contrôles et de procédures judiciaires ultérieures.

Une plus grande transparence renforcerait également la responsabilité individuelle. Les entreprises et les autorités ne pourraient plus dissimuler des manquements répétés sous couvert d’anonymat. La publication des résultats de contrôles inciterait les contrevenants à corriger leurs pratiques et rendrait certaines réglementations superflues. Pourtant, les partisans de la déréglementation invoquent souvent le secret commercial ou la protection des données pour s’y opposer — des arguments qu’ils mobilisent rarement lorsqu’il s’agit des citoyens ou des consommateurs.

Santé, sécurité alimentaire et environnement

Dans le domaine de la santé, l’opacité est particulièrement problématique. Les autorités de régulation n’exigent pas toujours la publication des données brutes des études bénéfice-risque réalisées par les fabricants de médicaments et de dispositifs médicaux. Sous prétexte de secret commercial, ces données restent inaccessibles aux chercheurs indépendants, rendant difficile la vérification scientifique et favorisant des rappels tardifs aux conséquences sanitaires graves.

La même logique prévaut dans la sécurité alimentaire. Les inspecteurs constatent régulièrement des manquements graves à l’hygiène dans certains restaurants ou commerces alimentaires, mais l’identité des contrevenants n’est pas rendue publique. A l’inverse, le canton de Zoug attribue depuis 2009 des notes d’hygiène aux établissements, une mesure qui a contribué à faire baisser le nombre de plaintes.

L’environnement n’échappe pas à cette opacité. Bien que des substances cancérigènes, des pesticides ou des microplastiques soient détectés dans l’eau et les aliments, les rapports ne précisent généralement ni les lieux ni les produits concernés. D’autres pays, comme les Etats-Unis ou la Californie, publient pourtant des données détaillées sur l’utilisation des pesticides et les émissions polluantes par entreprise ou par région.

Marché immobilier et fiscalité

Enfin, le marché immobilier et la fiscalité souffrent eux aussi d’un déficit de transparence. L’absence d’accès public aux prix de vente et aux structures de propriété empêche toute analyse réelle du marché. A l’inverse, des pays comme le Danemark ou la Suède rendent publiques les données immobilières et fiscales, ce qui a permis de révéler de nombreux scandales de corruption et de népotisme.

Au total, la Suisse reste marquée par une culture du secret héritée d’un autre temps. La loi sur la transparence demeure limitée, et de nombreuses autorités cherchent à en contourner l’esprit. Pourtant, la transparence n’est pas un luxe: elle est un outil central de prévention, de responsabilité et de démocratie.

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