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Une schizophrénie helvétique

Georges Martin

Par Georges Martin · Publié le 23 janvier 2026 · 18 min de lecture

Une schizophrénie helvétique
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A Davos comme ailleurs, la Suisse continue de faire illusion sur sa neutralité et son rôle de médiatrice. Mais la réalité est tout autre: elle participe à des exercices de l’OTAN, s’implique contre la Russie et souhaite signer avec l’UE des accords qui, loin d’être uniquement techniques, transformeront ses institutions. Alors, neutre ou pas neutre? Le peuple tranchera. De sa décision dépendra l’avenir du pays.

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«Il faut que tout change pour que rien ne change»! Pas sûr que la formule du Guépard soit d’un grand secours pour comprendre la politique extérieure et de sécurité de la Suisse d’aujourd’hui. Même une chatte ne retrouverait probablement pas ses petits dans cette salade géopolitique. Pour simplifier: au moment où l’amer cru 2026 du Forum économique mondial (WEF) se déguste à Davos, comme un verre d’huile de foie de morue, la Suisse est officiellement neutre mais, en réalité, membre de facto de l’OTAN; officiellement, elle est la factrice entre Washington et Téhéran mais, en réalité, il n’y a probablement plus, depuis longtemps, de courrier à délivrer, son rôle ayant été repris par d’autres (Oman ou le Qatar); officiellement, elle n’est pas membre de l’UE mais, en réalité, elle l’est de facto si l’on considère l’entrain avec lequel elle s’aligne sur Bruxelles à chaque occasion; officiellement, elle reste un pays facilitateur de paix mais, en réalité, elle n’a pratiquement plus de mandat; officiellement, elle est impartiale entre l’Occident et la Russie mais, en réalité, elle a coupé tout lien avec Moscou; officiellement, elle devrait jouer un rôle au Moyen-Orient mais, en réalité, elle s’en est exclue elle-même; officiellement, elle devrait être la défenseuse du droit humanitaire mais, en réalité, elle est muette comme une carpe sur le sujet! On pourrait rallonger la liste, mais à quoi bon? La démonstration que quelque chose de sérieux est arrivé à la Suisse n’est plus à faire.

Le WEF de Davos ou le bal des illusions

Le plus intéressant, et en même temps le plus inquiétant, dans tout cela est que l’ensemble du monde politique et médiatique participe à ce poker menteur. Comme chaque année, la grand-messe de Davos l’incite à faire comme si de rien n’était. Cette année, Trump est certes l’élément perturbateur, provocateur, mais il ne semble pas perturber plus que ça le Landerneau politique suisse. Chacun a repris son rôle. Comme il y a vingt ans, comme il y a dix ans, les médias soulignent l’intérêt, certes bien réel pour notre pays, de l’événement; ils s’intéressent au nombre de conseillers fédéraux qui feront le pèlerinage grison et aux hauts dignitaires qu’ils rencontreront. Nos représentants au plus haut niveau exprimeront leur satisfaction d’avoir «enfilé» autant de rencontres bilatérales, comme s’il s’agissait de perles au collier d’une coquette. La Suisse se verra plus belle qu’elle ne l’est en réalité, s’admirant dans le miroir aux alouettes de la géopolitique.

Comme chaque année, les participants à ce raout des neiges rentreront chez eux avec l’impression, comme Icare, de s’être approchés, impunément pour la plupart d’entre-deux, du soleil. Que le soleil, Donald Trump, soit noir cette année n’y change rien. Si l’on veut compter, il faut y aller, se montrer, pour pouvoir dire «j’y étais»! Quant au WEF, il y a longtemps qu’il a abandonné ses principes et ses valeurs, à supposer qu’il en ait eus. Aujourd’hui, il invite et désinvite selon le bon vouloir de Sa Majesté, le locataire de la Maison-Blanche. Peu importe que ce dernier soit en roue libre et foule aux pieds le «vivre-ensemble» international, au gré de ses lubies quotidiennes.

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