Monsieur Koch, vous nous avez contaminés!

Publié le 30 avril 2020

Affolement, flou dans les chiffres, impréparation… Les interventions de Daniel Koch ont contribué ces dernières semaines à miner la confiance des citoyens dans les institutions, pourtant indispensable. – Point presse du 25 avril – Twitter

L’angoisse qui suinte à vos si nombreuses apparitions télévisées a semé la panique dans la population. Avec toutes sortes d’effets désastreux dont on n’a pas fini de mesurer l’ampleur. Personne ne peut encore dire si les mesures que vous avez préconisées étaient les plus appropriées ou pas. Mais qui peut croire que l’affolement est de bon conseil ? Vous avez contaminé votre chef, plus habile dans la rhétorique. Vous avez investi les médias comme jamais un pouvoir, dans ce pays, ne l’a fait. Et vous avez aussi menti, au moins par omission, sur les chiffres. Enfin, vous vous êtes ridiculisé sur la questions des petits-enfants admis ou non dans les bras dans leurs grands-parents.

Faut-il vous rappeler, Monsieur Koch, que vous avez bien mal commencé? Vous n’avez pas veillé à la nécessité, pour la Confédération et les cantons, d’avoir des réserves de masques, pourtant demandées par de nombreux rapports. Vous vous êtes moqué de savoir si nous avions, chez nous et pas en Chine, les moyens de fabriquer rapidement des tests pour tous les virus, prévisibles ou non, qui courent à travers le monde. Vos services n’ont tiré aucune leçon des épidémies antérieures alors que les Asiatiques s’en souvenaient fort bien et se préparaient. Plus récemment, vous avez longtemps traîné les pieds. Alors que l’épidémiologiste Christian Althaus vous alertait dès le 24 janvier que la pandémie allait gagner ou avait déjà gagné notre territoire, vous déclariez que «pour le moment, en Europe il n’y a pas de danger ou un très faible danger».

Puis ce fut l’affolement. Avec votre groupe d’experts, dont vous n’avez toujours pas donné les noms, vous avez foncé tête baissée vers l’option du confinement. Vous êtes-vous enquis alors des réflexions d’autres collègues, en Europe (la Suède par exemple) et en Asie qui choisissaient d’autres stratégies? Rien ne l’indique.

Et comme vous le savez, Monsieur Koch, en tant que connaisseur des maladies infectieuses, l’affolement se répand vite et fort. D’autant plus que la Confédération a mis en place un matraquage de l’information unique dans l’histoire. La radio-télévision d’Etat a martelé heure après heure, jour après jour, la vérité tombée de Berne. Les autres médias, pour la plupart, se sont emballés aussi. Tout a été fait pour que non seulement tout le monde suive les consignes – probablement raisonnables d’ailleurs – pour que personne ne s’interroge sur le fond, que personne ne demande des comptes. Tous vous ont suivi, à gauche comme à droite, juste avec quelques grognements suspects à l’UDC. Tant mieux ou tant pis. Mais cela ne donne-t-il pas à réfléchir?

A aucun moment, vous n’avez daigné comparer ou réfuter les thèses différentes défendues par vos pairs à l’étranger. Car vous voyez comme l’incarnation de la Vérité scientifique. Ce qui, par définition, est peu… scientifique.

Il n’est pas dans votre rôle de mesurer les effets économiques et sociaux des décisions prises, mais votre communication, vous en étiez maître. Votre mine, vous n’en êtes pas responsable, mais sachez qu’elle fait peur en toute circonstance… à moins qu’elle ne fasse sourire. Plus grave: vous choisissez, aujourd’hui encore, le mode affirmatif sans nuances, sans jamais laisser entrevoir le doute. Vous savez. Et il nous faut écouter bouche bée. Même lorsque vous assurez une chose et puis son contraire.

Permettez à un grand-père de vous dire qu’au chapitre des petits-enfants, vous vous êtes ridiculisé. Interdiction aux vieux de voir leurs mouflets. Puis… si, si! Vous pouvez même les embrasser. Mais attention, pas question de recevoir leurs parents! Pas question non plus de garder les chérubins. Mais qui peut vous suivre sans rire ou se fâcher? Non seulement l’idée que l’Etat règle ainsi jusque dans les détails notre vie sociale et intime constitue une violation des droits de la personne les plus élémentaires, mais de surcroît vous vous y prenez de façon chaotique.

Un mot encore sur les vieux, bien que cela ait été beaucoup dit. La discrimination des personnes âgée est intolérable. Celles-ci doivent être mis au régime général. A chacun, à chacune de prendre ses responsabilités. Être protégé, surprotégé même, en raison de son âge, est une humiliation. Une telle désignation des victimes possibles en fait, aux yeux de beaucoup, un coupable potentiel. Le risque? Il existe bien sûr. Hors même du Coronavirus, la mort rôde de plus près dans le bout du parcours. Moyenne d’âge des décès en Suisse: 83 ans. Et combien de ces malheureux seraient partis, peut-être sans, ou avec, pas forcément à cause du fameux virus?

Le seul chiffre qui donnera une véritable image du phénomène, c’est la surmortalité, calculée sur tous les décès, de cette année comparée aux dernières. Mais jamais, Monsieur Koch, vous n’avez fait la moindre tentative de replacer le drame dans son contexte. Certes, le Covi-19 n’est pas comparable à la grippe Influenza, il est plus contagieux, il vise plus les vieux que les jeunes, il est plus brutal dans ses effets. Mais l’un et l’autre virus tuent. Et parfois en grand nombre. Il n’eût pas été inutile de rappeler qu’en 2015, selon des sources officielles, 2500 personnes sont mortes de la grippe en Suisse. Non pas pour minimiser ce qui nous arrive aujourd’hui, juste pour garder le sens des proportions. Pour garder le minimum de sérénité qui s’impose dans une tourmente émotionnelle.

Mais les chiffres, Monsieur Koch, cela n’a jamais été votre fort bien que vous les brandissez sans cesse devant des journalistes peu curieux. Quand les cas de personnes infectées (et pas forcément malades) augmentaient, vous omettiez d’indiquer le nombre des tests. Plus nombreux sont ceux-ci, logiquement, plus nombreux sont les verdicts positifs. Ce qui ne veut donc pas forcément dire, lorsque la courbe monte, que la contagion s’étend. Vos archaïques bureaux pataugeaient entre de piles de fax sans savoir au juste combien les hôpitaux enregistraient de situations critiques. Quant aux EMS, c’état le brouillard quasi total. Il fallut que les cantons se mettent au travail sérieusement, que des privés mettent en place des outils logistiques performants pour que l’on commence d’y voir clair.

Le problème avec vous, Monsieur Koch, c’est que vos interventions, si elles ont pu rassurer beaucoup de gens au début, commencent à la longue à miner la confiance qui serait si nécessaire pour affronter les difficultés collectives.

Le signe le plus rassurant que vous pourriez donner, c’est l’annonce de votre retraite effective, promise pour la fin de la crise. Cela voudrait dire aussi que vous admettez entrer dans la catégorie de ceux que vous appelez «à risques». Risques si nombreux… Celui du virus certes, mais aussi celui de s’enfermer dans les schémas-fétiches que l’on a tant rabâchés. Personne n’en est à l’abri, moi non plus, je vous l’accorde.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

Politique

Les accords Suisse-UE cachent «une intégration sans précédent» à l’UE

L’expression «Bilatérales III», soigneusement choisie par le Conseil fédéral, minimiserait les conséquences constitutionnelles des accords entre la Suisse et l’Union européenne signés le 13 mars dernier, sur lesquels le peuple se prononcera. C’est la conclusion du professeur émérite Paul Richli, mandaté par l’Institut de politique économique suisse de l’Université de (...)

Martin Bernard
Economie, PolitiqueAccès libre

Biens volés, restitutions gelées: pourquoi l’Europe garde encore l’argent des anciens régimes africains

Des milliards gelés, quelques millions restitués: du Nigeria à l’Algérie, l’écart entre les avoirs saisis par les pays européens et les sommes effectivement rendues aux Etats africains ne cesse de s’élargir. Enquête sur un système qui sait bloquer l’argent sale, mais peine à le rendre.

Bon pour la tête

Histoires de foi

Il est assez rare que regarder le cul de la voiture devant soi au feu rouge suscite la méditation philosophique. Et pourtant, cet autocollant aperçu l’autre jour m’a laissé songeur: «Jésus est mon airbag». La croyance chrétienne protège-t-elle vraiment du tumulte des guerres dans nos têtes?

Jacques Pilet
PolitiqueAccès libre

Quand le passé historique nous rattrape

Plusieurs pans de l’histoire s’imposent au souvenir ces temps-ci. Un film français nous renvoie à la collaboration avec Pétain. Les USA publient une liste énorme des membres du parti nazi. En Suisse, des historiens se battent jusqu’au Tribunal fédéral pour l’ouverture de documents interdits sur le passage chez nous de (...)

Jacques Pilet
Culture

Ces vignes qui disparaissent

Info-bagatelle? Peut-être, mais elle fait gamberger quiconque aime les saveurs du vin. La société issue de la coopérative viticole de Lutry, fondée en 1906, Terres de Lavaux, ferme ses portes. De nombreux vignerons de la région arrachent leurs vignes, ne trouvant pas de repreneurs. Et, comme partout, leurs bouteilles se (...)

Jacques Pilet
Histoire

Comment les services britanniques ont influencé la presse suisse pendant la guerre froide

Pendant des décennies, la Suisse s’est pensée et a été perçue comme un observateur distant de la guerre froide. Neutre, prudente, à l’écart des blocs, elle aurait traversé l’affrontement Est-Ouest sans vraiment y prendre part. Cette représentation rassurante a durablement façonné la mémoire collective helvétique. Les archives racontent une autre (...)

Jean-Christophe Emmenegger
Histoire

Max Petitpierre, le courage de négocier avec les méchants

Elu conseiller fédéral fin 1944, Max Petitpierre a su, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sortir la Suisse de son isolement en renouant des relations diplomatiques aussi bien avec les Etats-Unis qu’avec l’Union soviétique. A l’heure où les tensions internationales ravivent les réflexes idéologiques et les divisions, son pragmatisme (...)

Guy Mettan
Culture

Un sombre mais indispensable roman sur la Suisse des années 1970

Dans son nouveau livre, «Les miettes», l’écrivain alémanique Lukas Bärfuss expose la condition de femme immigrée, pauvre et mère célibataire dans la Suisse prospère d’alors. Il le fait sans aucun misérabilisme, sans états d’âme non plus. Ce qui encourage à se poser la question: qu’en est-il aujourd’hui?

Patrick Morier-Genoud
Politique

Politique suisse: au fond du fond de l’affaire Dittli

Que peuvent bien avoir en commun ce drame cantonal vaudois et l’étrange destin de Pierre Maudet à Genève? Ils révèlent les rivalités anciennes entre libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens, proches lorsqu’il s’agit de s’opposer à la gauche, mais aux mentalités bien différentes. De Genève à Lausanne, c’est tout un système d’alliances, d’ambitions (...)

François Schaller
Culture

Capodistrias, l’architecte du fédéralisme

Figure trop peu connue en Suisse, où il a pourtant joué un rôle déterminant, ce médecin né à Corfou et formé à Padoue eut en réalité une carrière politique d’exception. Après la chute de Napoléon, qui avait dessiné les frontières de la Suisse, le pays se trouva divisé entre des (...)

Jacques Pilet
Politique

Les Européens entraînés dans le chaos

La guerre au Moyen-Orient nous concerne plus que nous ne le ressentons. Avec, bien sûr, les fâcheux effets économiques. Avec la dérisoire question des touristes bloqués. Mais, bien plus encore, parce qu’elle révèle nos faiblesses et nos contradictions.

Jacques Pilet
Politique

Russie-Ukraine: feu vert pour la Suisse

Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, une étroite fenêtre diplomatique semble s’entrouvrir. Forte de sa tradition de neutralité et de médiation, la Suisse pourrait saisir cette occasion pour renouer avec son rôle historique et contribuer à relancer une dynamique de paix.

Guy Mettan
Politique, HistoireAccès libre

En faveur d’une Europe réconciliée, de l’Atlantique à l’Oural

Face aux tensions géopolitiques, l’Europe doit choisir entre l’escalade durable ou une nouvelle architecture de paix. Au-delà des logiques d’affrontement, une réconciliation avec la Russie, telle que la défendaient déjà De Gaulle et Churchill, offrirait une alternative à la fragmentation actuelle. Bien qu’elle puisse sembler utopique, cette perspective mérite réflexion, (...)

Klaus J. Stöhlker
Economie, Politique

L’attrait des villages

Pour les petites communes reculées, la survie démographique et financière est un exercice précaire. Si un Crésus sauve la mise à Crésuz, à Albinen, on paie pour éviter de disparaître. Tandis qu’aux Planchettes, on ferme l’école du village. Trois réalités d’une même fragilité.

Jacques Pilet
Economie, Politique

Affaire Epstein: trois millions de documents lèvent le voile sur un système financier opaque

La publication massive d’archives par le Département de la Justice américain relance l’affaire Jeffrey Epstein bien au-delà du seul volet sexuel. Réseaux bancaires suisses, flux financiers suspects, proximités politiques et soupçons de liens avec des milieux du renseignement: ces millions de pièces dessinent le portrait d’un dispositif d’influence tentaculaire dont (...)

Martin Bernard
Politique

Une schizophrénie helvétique

A Davos comme ailleurs, la Suisse continue de faire illusion sur sa neutralité et son rôle de médiatrice. Mais la réalité est tout autre: elle participe à des exercices de l’OTAN, s’implique contre la Russie et souhaite signer avec l’UE des accords qui, loin d’être uniquement techniques, transformeront ses institutions. (...)

Georges Martin