Le groupe genevois MSC occupe tout le terrain en Afrique

Publié le 29 avril 2022

Le port de San-Pedro en Côte d’Ivoire, dont MSC veut faire un de ses hubs en Afrique de l’Ouest. – © Catherine Morand

En rachetant l’empire de Bolloré dans le transport et la logistique en Afrique, l’armateur suisse MSC raffle la mise et confirme sa position de premier transporteur mondial en conteneur.

Au siège de Bolloré Africa Logistics dans le quartier de Treichville à Abidjan, les employés ont d’abord cru à une rumeur, avant de se rendre à l’évidence: le 31 mars dernier, un communiqué de presse de leur entreprise confirmait «la cession au Groupe MSC de 100% de Bolloré Africa Logistics regroupant l’ensemble des activités de transport et logistique» pour un montant de 5,7 milliards d’euros. Même si la réalisation de cette cession est encore conditionnée à l’obtention d’autorisations d’ici au premier trimestre de l’année prochaine, les jeux sont faits. 

Depuis cette annonce officielle, c’est le silence radio. Les employés de Bolloré Africa Logistics, qui ont reçu l’assurance que leurs emplois ne seraient pas touchés, ont été priés de faire preuve de la plus grande réserve. «Nous étions sous le choc, confie toutefois un employé de la succursale d’Abidjan, sous couvert d’anonymat. Je pense que l’année qui vient, je n’ai rien à craindre pour mon job, ensuite, on verra Inch’Allah, car après un rachat, on n’est jamais à l’abri d’une restructuration d’effectifs».

Sollicité pour un commentaire sur cette opération, qui a créé un véritable séisme en Afrique, le directeur général de MSC en Côte d’Ivoire Fabio Politi répond diplomatiquement «apprendre tout ce qu’il sait des journaux», et donc n’être pas en mesure de répondre à des questions. Reste qu’Abidjan bruit encore de la grosse colère du président ivoirien Alassane Ouattara pour n’avoir été ni sollicité pour donner son aval ni informé personnellement par Vincent Bolloré dont lui et son épouse Dominique sont très proches. Du coup, c’est le fiston, Cyrille Bolloré, 36 ans, officiellement sucesseur de son père à la tête du groupe familial depuis trois ans, qui a sauté dans un jet privé le 24 janvier dernier, pour venir calmer le jeu à la présidence ivoirienne. Accompagné par l’ex-président français Nicolas Sarkozy, lui aussi très proche du couple Ouattara, et toujours prompt à mettre son carnet d’adresses africaines à la disposition de ses amis du CAC 40.

C’est Cyrille Bolloré, 36 ans, fils de Vincent, qui a conduit les négociations avec le président de MSC Diego Aponte, fils de Gianluigi, originaire d’Italie, fondateur du groupe dont le siège se trouve dans le quartier de Champel à Genève. Outre l’activité du transport de conteneurs, MSC est présent dans le secteur des croisières avec MSC Cruises, la logistique avec Medlog, les terminaux portuaires. Diego Aponte relève volontiers que «l’Afrique, c’est l’histoire de ma famille», un continent sur lequel il se rend régulièrement et dont il reçoit des représentants dans ses bureaux genevois. Cyrille Bolloré, en revanche, ne semble avoir guère d’accointances avec l’Afrique et ses présidents, qu’il fréquente peu. 

«L’histoire de famille du groupe MSC est très appréciée en Afrique, où la famille est quelque chose d’important», m’avait déclaré lors d’une précédente interview Fabio Politi. Le parcours des pères-fondateurs des deux entreprises familiales, transmises à leurs fils, ont en tout cas quelque chose de fascinant et de nombreux points communs. Les deux groupes ont ainsi tous deux connu des développements spectaculaires grâce à la conteneurisation du commerce mondial. 

MSC, déjà très présent sur le continent africain, notamment au Togo, dont il a fait son hub pour tous ses navires en provenance de Chine, et en Côte d’Ivoire, au port de San-Pedro, se retrouvera, grâce au rachat de Bolloré Africa Logistics, en situation de quasi-monopole sur le trafic de conteneurs dans de nombreux pays. Au-delà des ports, il pourra aussi compter sur plusieurs lignes de chemin de fer appartenant à Bolloré, telle la Sitarail qui relie par voie ferrée Abidjan à Ouagadougou, ou encore plusieurs «ports secs» en Afrique de l’Ouest, des lieux où sont entreposés des containers, le temps de désengorger les ports. 

Pourquoi Vincent Bolloré a-t-il choisi de se séparer de Bolloré Africa Logistics qui emploie 20’000 personnes en Afrique, et a vu ses revenus augmenter de 8% en 2021 pour atteindre quelque 2,2 milliards d’euros? Les ennuis judiciaires du grand patron breton sur le continent africain, où il n’a plus remis les pieds depuis 2018, y sont certainement pour quelque chose. La justice française l’accuse de corruption pour avoir financé des campagnes électorales au Togo et en Guinée en échange de concessions portuaires dans ces deux pays; le groupe avait accepté en 2021 de payer une amende de 12 millions d’euros et d’être suivi par l’Agence française anticorruption. L’Afrique était devenue synonyme d’ennuis pour le patron français, qui désormais – même si officiellement il a pris sa retraite – met toute son énergie dans la création d’un véritable empire dans les médias, la communication, le divertissement ou l’édition. Autant de secteurs avec des ramifications en Afrique, que le groupe affirme vouloir conserver sur le continent. Notamment via Canal+ Afrique et ses quelque 6 millions d’abonnés, en constante progression.

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