La «Coloniale» doit enfin accepter de quitter l’Afrique


C’est la fin d’une époque. Depuis la période coloniale, des troupes françaises sont stationnées en Afrique. Mais aujourd’hui, ces «armées d’occupation», comme certains les qualifient, ne passent plus auprès d’une opinion publique et d’une jeunesse qui aspirent à s’affranchir d’une tutelle d’un autre temps. Et réduire cette aspiration à la seule propagande anti-occidentale diffusée par la Russie est réducteur.
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En Côte d’Ivoire, où j’ai vécu pendant plusieurs années, voir ces militaires français mener leurs opérations, être partie prenante de l’économie locale, demeure un curiosité. Sur place, les gens expriment régulièrement leur ras-le-bol face à cet «Etat dans l’Etat», soit 900 hommes appartenant au 43e BIMA (Bataillon d’Infanterie de Marine, héritier de l’infanterie coloniale) logés dans un camp de quelque 230 hectares jouxtant l’aéroport d’Abidjan. Dans l’inconscient collectif de la population, l’armée française bombardant le palais présidentiel où s’était retranché le président Laurent Gbagbo en avril 2011 demeure une image marquante.
«Camouflet» ou sens de l’Histoire?
Après l’annonce, le 29 novembre dernier, par le Tchad et le Sénégal de leur volonté de mettre un terme à la présence sur leur sol de militaires français – à la suite du Mali, du Burkina Faso et du Niger – la Côte d’Ivoire et le Gabon demeurent les derniers, avec Djibouti, à ne pas remettre en question, pour l’instant, cette présence. Les médias de l’Hexagone ont aussitôt parlé de «camouflet», d’«humiliation» pour la France, d’un «nouveau revers» pour la politique africaine d’Emmanuel Macron. Oubliant peut-être un peu vite qu’il s’agit avant tout du sens de l’Histoire et que des troupes françaises stationnées en permanence sur le continent africain relèvent davantage d’un anachronisme datant de la période coloniale plutôt que d’une situation immuable qu’il s’agirait de préserver à tout prix.
Une nouvelle génération de chefs d’Etat, chacun à sa manière, demeure en tout cas soucieuse de poser des actes symboliques visant à recouvrer la souveraineté de leur pays et à redéfinir leurs relations avec l’ex puissance coloniale, comme l’expriment régulièrement leurs concitoyens. L’échec attribué aux troupes françaises de l’opération Barkhane dans leur lutte contre les djihadistes au Mali a par ailleurs battu en brèche la confiance qu’avaient leurs prédécesseurs dans les compétences et le savoir-faire militaire français, poussant les nouveaux dirigeants à se tourner résolument vers d’autres partenaires pour combattre l’insécurité qui gangrène leur pays.




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