Emois sur la Limmat: le foot devient chinois

Publié le 14 avril 2020

Le 22 février dernier, le club de Zürich, désormais propriété chinoise, affronte Schaffhausen. – © GC

Le club Grasshopper, «une part de l’identité zurichoise» selon une gazette du lieu, vient d’être racheté par une Chinoise fort riche de Hong Kong, Jenny Wang. Les propriétaires (90% des actions), un importateur d’automobiles et un architecte, lui ont vendu, pour quelques millions (on ignore combien), la marque, l’équipe et le terrain du Niederhasli. Lassés des échecs et des problèmes de l’équipe emblématique. Les dirigeants ont été aussitôt remplacés. La NZZ est dans tous ses états.

Mme Wang, ex-présentatrice de télévision, épouse d’un puissant milliardaire, Gut Gang Chang, présent dans d’innombrables sociétés à travers le monde, est une amatrice d’art. En face de son lit, elle voit une œuvre de Wolfgang Tillmans, photographe et plasticien allemand très coté. Mère de trois enfants, la businesswoman s’intéresse donc aussi au foot. Elle préside une société fort entreprenante dans le domaine, du nom de Champions Union HK Holdings Limited. Du sérieux. Qui se doutait de cet engouement des Chinois pour le ballon rond? De l’Inter de Milan à l’Atletico de Madrid, plusieurs clubs européens sont pourtant passés dans leurs mains, dans divers groupes. 

La fée qui entend faire briller l’étoile des Sauterelles zurichoises est une femme fort éclectique, apprend-on dans la NZZ am Sonntag. Elle a fait construire un magnifique centre culturel à Shanghai, et sa Fosun Foundation, dédiée à la culture et à l’art, a acquis des immeubles à Madrid, New York, Milan et Hong Kong.

Jenny Wang à Hong Kong. © Fosun Foundation

Mais qui donc a tiré les fils du rachat zurichois? C’est encore la NZZ qui donne les détails. Un ex-footballeur (du FC Lucerne), ex-employé de grandes sociétés chimiques suisses, Shqiprim Berisha, surnommé Jimmy, établi à Londres, semble avoir conduit la manœuvre avec un certain Samuel Haas, président d’une entreprise spécialisée dans les finances sportives. Et c’est un Hollandais, Bernard Schuiteman, qui prend la balle au bond et remplace l’entraineur démis, Fredy Bickel. Les nouveaux venus n’ont pas encore rencontré leur nouvelle cheffe, retenue à Hong Kong, mais assurent qu’à distance le courant passe bien.

Ce tohu-bohu fait écrire à la même NZZ que «la vente du GC reflète l’état de l’économie suisse la Suisse est à vendre en solde (Ausverkauf).» Le raisonnement? Il est développé par l’infatigable observateur des affaires helvétiques, Klaus J. Stöhlker. Il existerait selon lui une Suisse A, siège de grandes sociétés internationales, totalement globalisées, le plus souvent dirigées par des étrangers, et plus loin, une Suisse B, des entreprises locales qui jouent dans une autre ligue, désertée par les meilleurs managers qui veulent voir plus grand. «Ce sont deux mondes différents», commente l’historien économique Tobias Straumann. Ils se comprennent de moins en moins. Or l’un investit l’autre. Les investisseurs chinois sont en chasse. Ils ont déjà acquis Syngenta, Saurer, le Palace de Lucerne, bref, des infrastructures. Pour la NZZ, «un club de football est une infrastructure émotionnelle». 

Le journaliste Samuel Tanner ricane à propos de l’identité locale de Grasshopper: «On a longtemps considéré que c’était un problème de voir que l’un des propriétaires ne venait pas de Zurich mais de Langenthal. Du nom de Stephan Anliker. Maintenant, la propriétaire vient de Hong Kong. Elle s’appelle Jenny Wang.» Il conclut: «Le club Grasshopper a quitté la vieille Suisse, il ne peut plus y revenir. Et ce qu’apportera le nouveau monde, on l’ignore encore.»

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