Un roman qui répugne avec plaisir

Publié le 28 décembre 2017

«Je n’attendais pas de la bouffe qu’elle me divertisse, je voulais juste qu’elle me remplisse pour pouvoir boire davantage et m’éparpiller encore un peu plus loin.» – © National Geographic Creative/Bridgemann Images/Editions cherche midi

C’est presque avec un sentiment de dégoût pour l’humanité qu’on ferme ce roman. Et puis finalement, pas vraiment: arrosé d’un peu de Cognac à 8h le matin et recouvert de désir, tout peut être avalé. «Aux noces de nos petites vertus» est le genre de roman qui fait aimer la mélancolie suintante. Probablement parce que l’écriture est lumineuse.

Dans ce premier roman du jeune auteur, Adrien Gygax, on nous parle de trois amis qui partent en Macédoine pour un mariage: Georges, Paul et le narrateur. Un bien mauvais timing pour ce dernier, qui sort d’une rupture amoureuse: «Depuis quelque temps, ce qui me faisait le plus de bien, c’était le malheur des autres», annonce-t-il après un repas au restaurant lors d’une escale en Grèce. Il n’arrive pas à se défaire de cette amertume. Chaque expérience positive est mêlée de sentiments contraires: «C’était un moment très agréable qu’on passait là [dans ce restaurant], un de ceux qu’on échoue toujours à apprécier sur commande». Chose étonnante, il ne se dit pourtant pas malheureux.

Arrivé en Macédoine, malgré quelques bières et les «tord-boyaux du patron», la béatitude reste nauséabonde: «On a bu avec un large sourire flanqué sur la tronche qui nous collait à la peau tels ces tatouages qu’on fait aux porcs avant de les amener à l’abattoir». Il ne vont pourtant qu’à un mariage: un événement relativement courant lorsque l’on a entre 25 et 30 ans, l’âge du narrateur.

Elles s’achètent pour 20 euros

Empêtré dans son esprit contorsionné, tout y passe: les invités qui dansent ressemblent à des automates, «on aurait dit que le clown avait tiré sur les ficelles»; les cochons grillés ennuient le narrateur au possible, «je n’attendais pas de la bouffe qu’elle me divertisse, je voulais juste qu’elle me remplisse pour pouvoir boire davantage et m’éparpiller encore un peu plus loin»; et puis,...

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