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Débarquement: un 80ème anniversaire indécent

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 7 juin 2024 · 3 min de lecture

Débarquement: un 80ème anniversaire indécent
Tom Hanks sur le tournage d'Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, sorti en 1998. © DR

Il y a trente ans, à l'occasion du 50ème anniversaire du Débarquement, j'avais fait une longue interview d'un résistant serbo-français qui avait survécu pendant dix-huit mois dans le camp de Neuengamme et avait miraculeusement survécu à un bombardement anglais du bateau sur lequel les SS avaient enfermé les déportés durant les derniers jours d'avril 1945. Il est décédé aujourd'hui mais il m'avait donné cette recommandation: «N'oublie jamais que ce sont les Russes et l'Armée rouge qui nous ont libéré du nazisme. Pas les Britanniques, ni les Américains.»

Un témoignage que, dans les années 1990, on pouvait encore trouver dans la bouche des GIs survivants d’Omaha Beach, qui savaient qu’ils devaient leur vie aux combattants soviétiques qui mouraient sur le front de l’Est pour empêcher Hitler de rapatrier ses divisions en Normandie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 37’000 morts alliés pour la bataille de Normandie contre plus de 178’000 tués et 600’000 blessés côté soviétique.

Qui se souvient de cela aujourd’hui? En Occident, personne ou presque, tant on nous rabâche, sous l’effet de la propagande de l’OTAN, que ce sont les Américains qui ont gagné la guerre. Entre Le Jour le plus long et Il faut sauver le soldat Ryan, le narratif cinématographique made in USA s’est imposé dans la psyché européenne en escamotant tout le reste, soit le plus important.

Inutile de dire que pour les Russes, qui n’oublient pas les 15 millions de morts du conflit (26 millions pour l’ensemble de la Russie soviétique), cet «oubli» est pire qu’un affront: c’est une ignominie, que le refus d’inviter Vladimir Poutine en Normandie tout en déroulant le tapis rouge pour Zelensky, vient couronner comme une cerise amère sur un gâteau pourri. Et quand, pour nouer la gerbe, on invite au festin des vainqueurs les Allemands comme s’il s’agissait d’innocentes victimes, tout en écartant ceux à qui on doit la victoire, on peut sérieusement questionner la sincérité et l’honnêteté de la démarche (même si l’on pense que les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas coupables des errements criminels de leurs ancêtres de 1945).

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