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L’art de soulever des questions éthiques, l’air de rien

Sabine Dormond

Par Sabine Dormond · Publié le 26 avril 2024 · 3 min de lecture

L’art de soulever des questions éthiques, l’air de rien

Chose peu commune, semble-t-il, l’auteur bernois Pedro Lenz écrit en Berndütsch «pour montrer que le dialecte appartient aussi à des gens ouverts sur le monde». C’est en binôme que Daniel Rothenbühler et Nathalie Kehrli se sont employés à restituer en français l’oralité d’un propos qui suit le cours de la pensée du narrateur, avec ses ruptures et ses digressions. Leur travail commun sur les textes de cet auteur a donné lieu d’abord à «Faut quitter Schummertal!», traduction de Der Goalie bin ig qui a obtenu le prix Schiller en 2011, puis à la version française de Primitivo, parue elle aussi aux éditions d’En Bas.

Sommaire

Primitivo, du nom du personnage principal, un vieux maçon de soixante-trois ans, d’origine espagnole, qui meurt à la première ligne et dont il sera question tout au long du roman à travers le regard de Charly, un apprenti qui l’a côtoyé pendant une année et qui a bénéficié de sa protection. Primitivo, c’est-à-dire le premier, un adjectif numérique en guise de prénom, au même titre que Quentin ou Octavio. Prénom bien choisi au demeurant, puisque le personnage en question fait partie de la première génération d’immigrés, contrairement à Charly qui est lui un secundo par sa mère. Mais plus lucide que beaucoup de ses compatriotes, Primitivo ne tombe pas dans l’illusion que son départ a suscité au pays la même nostalgie que celle qu’il nourrit pour son lieu d’origine et qu’il serait accueilli comme le Messie en cas de retour. Premier, il l’est aussi dans l’ordre de préférence, vu qu’une amitié singulière liait l’adolescent et le vieil homme. Lequel a soutenu le narrateur dans la transition difficile entre le cocon de l’école et le monde rude et éprouvant des chantiers.

Primitivo a aussi initié Charly à la poésie, en lui montrant qu’elle n’est pas aussi inaccessible qu’on pourrait le craindre. Un autre homme va ensuite l’amener à revenir sur les préjugés qu’il entretenait cette fois à l’égard de la religion. En effet le prêtre qui a demandé à le rencontrer pour préparer la cérémonie ne correspond pas du tout à l’idée qu’il s’en était faite et va contribuer par son ouverture d’esprit à le réconcilier avec le catholicisme. Le jeune Charly découvre ce qu’il y a de réconfortant à pouvoir s’appuyer sur une structure prédéfinie dans des moments aussi éprouvants que le deuil.

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