Publié le 28 juin 2024

© Enric Moreu via Unsplash

«Quatre-vingt-dix» ou «nonante»: voilà de quoi distinguer à l’oreille un Français d’un Suisse ou d’un Belge. L’auteure de ces lignes s’est d’ailleurs forcée à changer d’habitudes pour se mêler plus facilement à ses confrères de BPLT... Mais pourquoi ne sommes-nous pas d’accord? «Le Figaro» avance quelques raisons, certaines capricieuses.

Le principal élément d’explication tient à la façon dont nous comptons: par paquets de dix, ou par paquets de vingt? Première difficulté: la France fait les deux. 

Les Celtes et les Gaulois, remonte Le Figaro, comptaient en base vingt, et cet usage a longtemps été le seul en vigueur. L’Académie française à ses débuts le recommandait et on trouve chez Molière des «six-vingts» et des «cent-vingts».

Quant à la forme décimale, apprend-on, elle se retrouve au Moyen Age, où «soixante-dix» et «quatre-vingt-dix» sont bien présents dans l’usage. C’est finalement la forme qui va s’imposer, d’abord à la cour, puis dans la littérature et dans tout le pays. La légende veut que Louis XIV, coquet, n’aurait pas supporté d’atteindre 70 ans et aurait préféré entendre «soixante-dix» plutôt que «septante». 

A la Révolution, l’unification du système des poids et mesures assoit la présence de la numérotation décimale, et donc de «soixante», soit six fois dix, en lieu et place de «trois-vingts», et de «soixante-dix» pour «six fois dix plus dix».

Mais la France conserve un vestige: «quatre-vingts» et pas «octante» ou «huitante». Pourquoi? Peut-être faut-il blâmer la complexité légèrement prétentieuse du français, et plus encore du français de l’Hexagone. En effet, dans le reste de la francophonie, les formes «octante» et «huitante» sont bien installées, de même que «septante» et «nonante» ne font pas débat.

Ayant appris le français de l’Hexagone, il me faut (difficilement) concéder que «nonante» est bien plus simple et logique. Mais qu’opposer à la tradition? Sans doute mes compatriotes s’amusent aussi de voir leurs voisins effectuer un rapide calcul mental en les entendant parler de l’année «mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf».

La complexité du français offre aussi de multiples occasions de petites querelles de clocher. Et de compassion pour les non-francophones qui se lancent dans l’aventure. Ainsi, comme le note Le Figaro, on dit «huitante» dans les cantons de Vaud, de Fribourg et du Valais, mais «quatre-vingts» à Genève, Berne, Neuchâtel et dans le Jura… Soin est laissé à nos lecteurs de préciser et d’amender cette liste.


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