Publié le 2 mai 2025

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Nous vous avons demandé votre avis et vous êtes nombreux à avoir répondu. Un grand merci à vous chères lectrices et chers lecteurs! Vos mots éclairent les réactions à ce chambardement, trop souvent outrées ailleurs, fort sages ici. Quelques citations.

Pascale Buttet, psychologue, sans prétention de poser un diagnostic sur Donald Trump, relève simplement que c’est l’homme «du temps court, celui de l’impulsivité, à contre-courant de tout ce que l’on nous a enseigné. « Mon fils, ma fille, tes humeurs, tes réactions, il va falloir les dompter, disaient nos parents ». Temps de l’épidermique, de l’irritable, du biface, irrité de l’intérieur, excitation externe qui cherche des voies où se frayer…»

«L’épargne de l’AVS n’a rien à faire de l’autre côté de l’Atlantique»

La Suisse? Christophe Mottiez pense qu’«elle ne doit surtout pas envisager d’investir massivement aux Etats-Unis, ni de répliquer à la politique imbécile de Trump mais attendre que ce dernier fasse marche arrière. Je pense aussi que l’exportation du capital de l’AVS aux USA et la commandes des FA-35 sont deux graves erreurs dont les processus qui ont mené à ces décisions sont peut-être entachés d’infractions administratives ou pénales… Elles doivent être dénoncées après les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, avant cette date, Trump – qui se rêve en autocrate – pourrait engager des représailles contre la petite Suisse.»

Mia Schlegel répond en quatre points: «1. Il est sûrement plus prudent de s’aligner aux contre-mesures de l’UE. 2. Le Conseil Fédéral a plutôt bien réagi. 3. L’épargne de l’AVS n’a rien à faire de l’autre côté de l’Atlantique. Il faut ramener cet argent sur le continent européen. 4. Les avions militaires français me semblaient plus adéquats.»

«Il manque quelqu’un de courageux au Conseil fédéral»

Michel Vonlanthen est moins rassuré: «Ce qui me navre avec notre Conseil fédéral, c’est sa crainte de déplaire. On voit quelquefois ses membres tremblants de « faire faux », tétanisés par les gros yeux que pourraient leur faire ceux qui dirigent le pays en sous-main. Oui, il y manque quelqu’un de courageux et avec de la personnalité. Nous en avons eu dans le passé, mais hélas plus maintenant. La faute probablement à ceux qui font et défont les carrières et qui font élire des candidats certes présentables mais malléables à souhait (…) Je me rappelle d’une interview de Raymond Barre à la question affolée d’un journaliste « Pensez-vous que la Suisse va pouvoir s’en sortir? » (de je ne sais plus quelle situation en relation avec l’UE). Il avait calmement répondu « Mais oui, la Suisse a des arguments, qu’elle les fasse valoir! ». Voilà ce que j’aimerais répondre à ceux qui se demandent comment réagir aux provocations de Trump. D’abord et avant tout, il faut faire comprendre à cette administration US que la Suisse est consciente de sa valeur et qu’elle ne se laissera pas dépouiller sans réagir. Les Américains (en général) ne comprennent que la force, c’est dans leurs gènes. La Suisse n’est pas de taille, mais en démontrant sa volonté de résister, elle suscitera leur respect. Sinon ce sera le mépris et l’écrasement.»

«Il faut développer notre propre industrie du drone»

«Et finalement répondre aux taxes US par des taxes suisses. Nous vendrons moins aux USA, et achèterons moins de leurs produits. Actuellement c’est 12 % contre 6 %, finalement relativement peu. L’idéal étant, ensuite, de diversifier nos clients et nos fournisseurs afin de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier, comme à la bourse. Il faut casser le contrat des F-35 quoi qu’il en coûte, car c’est une infâmie. Il faut faire de même avec les drones, inadaptés à notre pays et toujours pas livrés. Comme les Américains, Israël ne respecte aucune règle et il est certain que ses logiciels contiennent des backdoors (ndlr. «portes dérobées»  ̶  Programmes informatiques malveillants). C’est inadmissible pour des armes de guerre. Par contre il faut développer notre propre industrie du drone, c’est une industrie parfaitement adaptée à notre mentalité et à nos hautes écoles. Finalement, il faut rapatrier les avoirs de l’AVS, c’est une bêtise stratégique absolue de confier la gestion de ce patrimoine à un pays étranger. Et surtout aux USA, pays qui prouve sa versatilité et son manque de respect des règles internationales.»

«Les taxes douanières de Trump ne sont pas une provocation»

André Hermann a un point de vue un peu différent: «L’introduction des taxes douanières de Trump n’est pas une « provocation », mais une stratégie économique visant à renforcer l’économie américaine (plus de productions locales = plus de places de travail et d’autosuffisance donc moins de dépendances étrangères). Les plus riches en seront les grands gagnants, les moins riches en payeront le prix, en tout cas dans un premier temps. On ne peut lui en vouloir puisque nous souhaitons la même chose: depuis de nombreuses années, les producteurs et distributeurs suisses prônent la consommation de produits locaux/régionaux/nationaux allant aussi dans le sens d’une meilleure écoresponsabilité, voire d’une meilleure qualité des denrées et d’une politique sociale plus correcte des petites mains travailleuses.»

«La Suisse doit reprendre la main sur sa neutralité»

«Il en résultera par ailleurs une réduction des transports internationaux sur mer ou par les airs ce qui va aussi dans le sens des objectifs environnementaux. En réaction à cette stratégie, la Suisse peut négocier des taxes réduites car elle dispose d’excellents arguments: délocalisation de sites de production comme l’a déjà fait Stadler ou comme l’ont promis d’autres grandes entreprises comme Roche $ 50 milliards et 12 000 emplois (ndlr. le groupe pharmaceutique bâlois a l’intention d’investir 50 milliards de dollars aux Etats-Unis au cours des cinq prochaines années. Des investissements qui devraient créer plus de 12’000 emploi). Bien entendu, d’éventuelles taxes douanières devraient être appliquées réciproquement et la Suisse s’engagerait à réglementer la réexportation de produits importés des USA vers les pays soumis à des taxes d’importations américaines plus élevées. La stratégie de Trump offre par ailleurs une bonne opportunité pour résilier le contrat d’achat des avions FA-35 inadaptés pour une protection rapide et efficace de nos frontières. Enfin, la Suisse doit reprendre la main concernant sa neutralité et son potentiel de négociatrice qu’elle a fortement compromis en appliquant systématiquement les sanctions contre la Russie ou en organisant une table de négociation de paix sur l’Ukraine sans inviter les Russes!» 

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