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Penser en-dehors des clous

Par David Laufer · Publié le 8 novembre 2024 · 7 min de lecture

Penser en-dehors des clous
Un échange de prisonniers serbes et bosniens près de Sarajevo, lors de la guerre de Bosnie, 1992. © Mikhail Evstafiev - CC BY-SA 3.0

Une rencontre avec une jeune mère serbe en Suisse offre une illustration presque parfaite de la façon de penser qui s'est installée en Serbie – et qui pourrait bien gagner le reste du continent.

Il était quatre heures et demie du matin sur le quai de la gare de Lausanne. Les derniers fêtards de Halloween, hagards et le maquillage défait, déambulaient sans but dans les couloirs. J’attendais le premier train en direction de l’aéroport de Genève. Une jeune femme s’est approchée de moi et m’a demandé dans un anglais hésitant si c’était le bon train. Dans la trentaine, elle avait une longue chevelure blond platine, un maquillage impeccable, une bouche refaite, des bottines à talons, une robe en laine moulante, un chapeau de cow-boy et de longs ongles peints. Cette apparence détonnait avec la fillette de cinq ans qui l’accompagnait, et avec son ventre rebondi de femme enceinte de plusieurs mois. J’en ai rapidement déduit qu’elle se rendait, comme moi, à Belgrade.

Durant le trajet qui nous menait à Cointrin, comme le train était vide, nous avons fait connaissance. Cette jeune mère vit dans une grande ville au sud de Belgrade et vient de rendre visite à sa mère qui vit depuis plusieurs années près de Lausanne. Elle a longtemps pensé émigrer en Suisse mais depuis qu’elle est mère, son avis a changé. Elle ne veut pas que ses enfants aient les cheveux bleus et des piercings et des problèmes d’identité sexuelle. De plus, et je lui donne raison, la Serbie est particulièrement sûre, on y vit très bien, et même si le coût de la vie a considérablement augmenté, on est encore très, très loin des prix suisses. Et puis elle ne se fait aucun souci. Les offres de travail bien payé, elle en a autant qu’elle en veut. Car elle est officier supérieur d’infanterie dans l’armée serbe. Et le monde est plein de femmes très riches qui paient très chers les services d’un garde du corps féminin et surentraîné, sans compter qu’elle est également ceinture noire de karaté.

Ma vie en Serbie est pleine de rencontres de ce type. C’est-à-dire de gens qui ne vivent pas encore dans la matrice idéologique et médiatique tellement contrainte du monde occidental. Je dis pas encore, mais peut-être devrait-on dire déjà plus, l’avenir nous le dira. Quoiqu’il en soit, ces mondes sont géographiquement proches, mais distants de plusieurs galaxies pour ce qui concerne la manière de penser.

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