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Les «Lumières sombres» ou le retour de la tentation monarchique aux Etats-Unis

Martin Bernard

Par Martin Bernard · Publié le 10 avril 2026 · 17 min de lecture

Les «Lumières sombres» ou le retour de la tentation monarchique aux Etats-Unis
Curtis Yarvin. © DR

Et si la démocratie libérale n’était qu’une illusion? Derrière cette hypothèse se déploie la pensée des «Lumières sombres», une nébuleuse intellectuelle radicale qui séduit une partie des élites technologiques et politiques américaines, jusqu’à l’entourage de Trump lui-même.

Les «Lumières sombres». Vous n’en avez jamais entendu parler? C’est normal. Ce courant de pensée, né dans les pays anglo-saxons, est encore peu connu sous nos latitudes. Il a pourtant infusé la seconde administration Trump à ses débuts. En particulier son vice-président, J.D Vance. Les idées radicales de ce mouvement s’inscrivent en réaction à celles, humanistes et progressistes, des Lumières européennes. Pour le chercheur Arnaud Miranda, auteur d’un livre récent à ce sujet, il s’agit de «l’un des phénomènes intellectuels et politiques les plus importants de ces vingt dernières années.» [1] A la manette, en arrière-plan: les milliardaires Peter Thiel et Marc Andreessen.

Les «Lumières sombres» incarnent un idéal «néo-réactionnaire». Ses penseurs réactivent des idées réactionnaires dans un cadre post-libertarien propre au contexte américain. En ce sens, elles s’opposent bien sûr au progressisme social-démocrate, mais aussi au conservatisme et au néolibéralisme. Elles se distinguent également du national-populisme de la «droite alternative» (alt-right) de Richard Spencer ou Steve Bannon. L’alt-right a joué un rôle important dans l’élection de Donald Trump en 2016 avant de tomber en disgrâce. Pour préparer sa campagne de 2024, Trump a eu besoin d’un renouveau idéologique. Il s’est alors appuyé sur la néoréaction des «Lumières sombres». Une constellation idéologique fragmentée, mais aux lignes de force claires.

Curtis Yarvin, le pamphlétaire influent

Dès les premiers jours de la nouvelle administration Trump, une figure centrale du mouvement est apparue dans l’espace médiatique: Curtis Yarvin (alias Mencius Moldbug). Ce blogueur de 52 ans, ingénieur de formation, théorise depuis près de 20 ans la nécessité d’un coup d’Etat monarchique. Il milite, dans un style résolument pamphlétaire, pour des coupes budgétaires massives et la prise en main des Etats-Unis par un PDG ou un «techno-César» qui agisse comme un monarque. Son plan pour régler le conflit israélo-palestinien? Faire de Gaza une ville-entreprise (Trump évoque plutôt une «Riviera du Moyen-Orient»). Sa stratégie économique est le mercantilisme économique de l’âge classique, marqué par un Etat fort et du protectionnisme (tarifs douaniers). Yarvin prône aussi le retrait des Etats-Unis de l’Europe, continent gangréné par la démocratie libérale et les idées issues de la Nouvelle Gauche des années 1960 et 1970.

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