Bluffer, mentir, menacer, se renier. Dans le registre de la parole sans foi ni loi, Donald Trump s'est imposé comme un cas d'école. La Fontaine l'avait écrit: à force de crier au loup, le berger finit seul. Trump, lui, crie aux mollahs depuis la Maison-Blanche. Et le monde ne sait plus s'il doit fuir, rire ou avoir peur.
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Il existe, dans l’histoire de la rhétorique politique, une frontière fragile entre la ruse stratégique et la dérive incontrôlée. Donald Trump, dans sa gestion du dossier iranien, semble l’avoir franchie, non pas furtivement, mais avec une ostentation qui confond ses adversaires autant que ses alliés. Le scénario s’est répété avec une précision mécanique.
Le 21 mars, Trump poste un ultimatum: si l’Iran n’ouvre pas le détroit d’Ormuz dans les 48 heures, les Etats-Unis frapperont ses centrales électriques, «en commençant par la plus grande». Douze heures avant l’échéance, le même homme annonce que les négociations «se passent à merveille» et repousse la date limite au 26 mars. Les officiels iraniens démentent aussitôt l’existence de toute négociation. Puis vient le 6 avril. Puis le dimanche de Pâques, avec une publication «génocidaire» menaçant de faire de l’Iran un enfer. Puis une nouvelle deadline. Puis une énième extension. Au bout du compte: une promesse de règlement de paix, évoquée comme si les semaines de menaces apocalyptiques n’avaient jamais existé. Ce n’est pas de la diplomatie. C’est un théâtre de l’absurde où la menace tient lieu de pensée.
La fabrique des contre-vérités
Les exemples précis abondent, et ils méritent d’être nommés. Trump affirme avoir «changé le régime iranien», mais le président de la République islamique est toujours en place, la structure du pouvoir intacte. Il a même mué. Il avance le chiffre de 45 000 morts lors des répressions internes en Iran, sans source vérifiable, sans donnée crédible, comme on balance un chiffre pour impressionner une salle. Il déclare qu’il n’y a «aucune inquiétude» sur les prix du pétrole, que les Etats-Unis, premiers producteurs mondiaux, contrôlent la situation, tandis que le prix à la pompe a bondi de 30 % sur le sol américain depuis le début du conflit. Il menace de détruire ponts et centrales électriques, des infrastructures civiles dont la destruction constituerait un crime de guerre au regard du droit international humanitaire, avant de qualifier les chaînes humaines formées par les Iraniens pour protéger ces mêmes infrastructures d’«illégales». La contre-vérité ne se cache plus. Elle s’affiche. Elle se revendique presque.






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