Vivre sous les décombres du possible en Iran

Sid Ahmed Hammouche

Par Sid Ahmed Hammouche · Publié le 8 mai 2026 · 26 min de lecture

Vivre sous les décombres du possible en Iran
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Ils parlent depuis l'intérieur d'un pays que l'on ne voit plus qu'en flammes. Ces Iraniens ont accepté de témoigner via des canaux sécurisés, au péril de leur vie. Ils ne plaident ni pour le régime des mollahs, ni pour ceux qui le bombardent. Ils racontent un Iran sous les bombes et sous surveillance, coupé du monde. Leurs voix, rares et précieuses, disent le quotidien fracassé de millions d'hommes et de femmes que la guerre a réduits au silence.

Sommaire

Depuis deux mois, nous recueillons des témoignages d’Iraniens et d’Iraniennes vivant dans différentes villes du pays. Les médias parlent beaucoup de l’Iran, mais souvent à travers des clichés tenaces qui faussent la réalité. Le terrain est difficile d’accès: obtenir des accréditations relève du parcours du combattant, les correspondants permanents sont rares, et cette opacité nourrit les approximations autant que la propagande des deux bords. Des témoins ont accepté de partager leur quotidien via des canaux sécurisés. Pour protéger nos sources, les prénoms ont été modifiés et nous nous sommes engagés à patienter plusieurs semaines avant toute publication. Parler à un journaliste étranger est, en République islamique d’Iran, passible de la peine de mort.

Téhéran, avril 2026. Dix-huit heures passées. Dans un café du nord de la capitale, l’un des rares établissements encore ouverts dans ce quartier, une poignée de clients silencieux s’est installée. Des hommes tirent sur des narguilés. Babak, 34 ans, est plongé dans un silence de plomb. Designer graphique, il a perdu ses clients depuis le début de la guerre. Il parle doucement, en surveillant ses arrières et ses devants. «On a appris à parler sans parler. On utilise des mots de code pour les choses sensibles. Quand je dis « le jardin est fermé », tout le monde sait ce que ça veut dire.» Le jardin, c’est Internet. Et il est fermé depuis le 28 février.

Ce soir-là, quelques heures après les premières frappes américaines et israéliennes sur des sites militaires iraniens, le gouvernement de la République islamique a tiré la prise. D’un seul coup, l’Iran a disparu du réseau mondial. Depuis, des configurations de connexion clandestines circulent sous le manteau. Leur usage est officiellement criminalisé. Le régime, armé de technologies de surveillance russes et chinoises, passe au crible, en temps réel, les communications qui parviennent à franchir les pare-feu. Parler à un étranger, c’est jouer sa vie.

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