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L’hégémonie américaine décrite par un géant de la tech 

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 24 avril 2026 · 13 min de lecture

L’hégémonie américaine décrite par un géant de la tech 
Alex Karp a cofondé Palantir Technologies en 2003. © Depositphotos

Les errances du pouvoir de Trump nous égarent. L’appareil de son Etat et les puissants acteurs américains de la high-tech ont bel et bien un programme cohérent. Pour la suprématie de l’Occident, rien de moins… C’est le patron de Palantir, Alex Karp, qui vient de le dire en toute clarté.

Palantir Technologies, société créée en 2003, est devenue le champion des logiciels qui collectent les informations, aussi bien au niveau des Etats qu’à celui des individus. Un super-espion tourné, surtout, vers les questions militaires et de sécurité. La société pèse lourd avec ses 400 milliards de capital boursier, mais aussi grâce à l’appui de Donald Trump qui multiplie les contrats avec elle, par exemple pour sa police ICE. Enfin, ce groupe réussit à entraîner dans son sillage les autres géants de la Silicon Valley. Son dirigeant, Alex Karp, vient de résumer dans un post sur X — sur la base son livre, publié en 2025 et coécrit avec Nicholas Zamiska, The Technological Republic — la vision idéologique et concrète qu’il propose à l’Occident. Son premier constat: la clé des rapports de force n’est plus l’arme nucléaire, mais l’Intelligence artificielle, qui entre massivement dans le domaine du renseignement et de l’usage militaire, notamment avec le projet d’arme algorithmique Raven. Et, selon lui, elle change aussi en profondeur le fonctionnement des sociétés et des individus. 

Une vision radicale d’un Occident réarmé et technologisé

L’axe principal de ce «manifeste» en 22 points, posté le 18 avril, c’est l’appel aux armes. Aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. L’Allemagne et le Japon, notamment, dans la retenue depuis 1945, doivent maintenant se renforcer massivement à cet égard. Karp estime que «l’équilibre futur du monde ne viendra pas du droit international ou des institutions multilatérales, mais d’un bloc occidental réarmé, équipé de systèmes d’IA avancés. Il estime également que tous les pays occidentaux devraient imposer le service militaire obligatoire à tous et foncer dans les dépenses d’armements! 

Ce «penseur» s’en prend par ailleurs à ce qu’il appelle un «pluralisme creux» et à certaines formes d’«inclusivité» qui empêcheraient de distinguer entre cultures «productrices de merveilles» et cultures «régressives» ou «nuisibles». Pour lui, l’Occident doit assumer sa supériorité supposée et ses valeurs, plutôt que de se perdre dans un relativisme multiculturel. Ironie: il revendique le respect de l’individu alors que Palantir est tourné vers la surveillance des messages, de toutes les opinions, jusque chez les particuliers. Et vers la fixation de priorités. Extrait: «La décadence d’une culture ou d’une civilisation, et en effet de sa classe dirigeante, ne sera pardonnée que si cette culture est capable de produire de la croissance économique et de la sécurité pour le public… Les limites du soft power, de la rhétorique brillante à elle seule, sont aujourd’hui manifestes. La capacité des sociétés libres et démocratiques à l’emporter exige quelque chose de plus qu’un appel moral. Elle exige du hard power, et le hard power de ce siècle reposera sur les logiciels.»

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