Réservé aux abonnés

La stratégie du choc de Donald Trump

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 7 février 2025 · 7 min de lecture

La stratégie du choc de Donald Trump
10 000 fonctionnaires de l'USAID ont été mis au repos forcé. - © DR

Le blocage des fonds de l’USAID, lundi dernier, a semé la panique chez les bénéficiaires de l’aide au développement américaine. Il illustre surtout de façon spectaculaire la méthode du «choc et de la stupeur» pratiquée par Trump. A l’inverse, Russes et Chinois semblent opter pour une approche plus souple, plus horizontale surtout. Reste maintenant à savoir quel camp sera le plus efficace.

Sommaire

C’est mal de se réjouir du malheur des autres mais vous me pardonnerez ce bref moment de schadenfreude: depuis le blocage des fonds de l’USAID et la mise au repos forcée de ses 10 000 fonctionnaires lundi dernier, c’est la panique chez les profiteurs de l’aide au développement américaine. En Géorgie, en Moldavie, chez les opposants russes, biélorusses, serbes ou vénézuéliens, et dans la centaine de pays généreusement arrosés par les quarante milliards de dollars de dotation annuelle pour y faire avancer l’agenda wokiste ou y fomenter des révolutions de couleur, l’angoisse a subitement changé de camp.

Car il y a belle lurette que l’USAID ne promeut plus le développement des peuples déshérités mais sert de couverture à l’agenda politique des élites au pouvoir à Washington. Pour qui se souvient des propos de l’ancienne Secrétaire d’Etat adjointe Victoria Nuland avouant que les Etats-Unis avaient investi cinq milliards de dollars pour y provoquer la révolution de Maidan en 2014 et qu’il était temps pour eux de rentrer dans leurs fonds, la brutale remise à jour imposée par Trump ne manque pas de sel.

Trump et la stratégie du «shock and awe»

Gavées de dollars pendant des décennies, les myriades d’ONG censées promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, la lutte pour le climat et la défense des minorités sexuelles se retrouvent nues comme des vers. Le robinet des subventions vient de se tarir. Pour certaines d’entre elles, il ne se rouvrira pas. Mais la plupart retrouveront la drogue qui les fait vivre. A des conditions qui risquent d’être fort déplaisantes. Elles devront en effet réclamer leur dû, justifier et réorienter leurs dépenses, modifier leur agenda politique et sociétal, rendre des comptes. Bref, elles devront faire allégeance au nouveau maître de la Maison Blanche. La tâche de faire le tri a été confiée à Marco Rubio, le patron du Département d’Etat, auprès duquel l’USAID a été directement rattachée.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

GéopolitiqueEnquête

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

Diplomate militaire à l'OSCE, le colonel suisse A.F.* avait pour mission de maintenir ouverts les canaux avec Moscou. Accusé par un homme proche des services ukrainiens d'avoir livré des secrets aux Russes, il a été rappelé de Berlin fin 2024. Entre-temps, la justice militaire enquête sur lui pour trahison. Ses anciens collègues dénoncent une opération de désinformation, relayée par la NZZ et jamais contrée par Berne. Chronique d'un thriller politique.

Rafael Lutz

BRICS: ce que leur «boycott» médiatique dit de l’Occident

GéopolitiqueArticle

BRICS: ce que leur «boycott» médiatique dit de l’Occident

A moins de deux semaines d’intervalle, deux sommets majeurs se sont tenus loin des projecteurs médiatiques occidentaux: celui de l’Organisation de coopération de Shanghai, les 31 août et 1er septembre 2026 à Bichkek, puis celui des BRICS, les 12 et 13 septembre à New Delhi. Au-delà de ces organisations elles-mêmes, cette relative indifférence révèle peut-être une difficulté plus profonde: celle d’un Occident qui voit se dessiner un monde multipolaire, mais continue souvent à le regarder avec les catégories d’hier.

Hicheme Lehmici

«En cas de guerre contre la Russie, la Suisse prendra parti aux côtés des Etats membres de l’OTAN»

GéopolitiqueArticle

«En cas de guerre contre la Russie, la Suisse prendra parti aux côtés des Etats membres de l’OTAN»

Le journaliste alémanique Rafael Lutz a publié, le 19 août 2026, un livre qui fait couler beaucoup d’encre: «Das NATO-Netzwerk in der Schweiz». A l’aide de documents obtenus en vertu de la loi sur la transparence, il décrit un réseau de fonctionnaires, d'experts et de journalistes qui œuvrent au rapprochement méthodique de la Suisse avec l'OTAN. Après l'intervention de l'avocate d'une haute fonctionnaire visée par un chapitre, les grands libraires alémaniques ont retiré le livre de la vente. Aucune décision de justice n'a été rendue. A trois semaines du vote sur l'initiative pour la neutralité, Rafael Lutz livre ici sa première interview dans un média romand.

Martin Bernard