Le futur vous appartient: à vous de choisir!

Sarah Dohr

Par Sarah Dohr · Publié le 12 avril 2020 · 5 min de lecture

Le futur vous appartient: à vous de choisir!
La Maison du Terroir de Granson, qui commercialise des produits bio et locaux, est durement touchée par la fermeture des marchés en Suisse. Par-delà la crise, c'est à un choix de société que nous faisons face. - © Sarah Dohr

Durant cette crise du Covid-19, les marchés en plein air ont été fermés par ordre du gouvernement, tandis que les grandes surfaces continuent à distribuer les denrées alimentaires sans restriction. La grogne monte. Certaines villes passent outre.

Le coup est dur pour les producteurs et maraichers régionaux qui vendaient leurs produits soit aux marchés, soit aux restaurants et hôtels. Ce qui vaut un gain important pour les grandes surfaces. Elles se voient octroyer, en plus de la quasi-exclusivité du marché, tout un assouplissement sur les importations. Le Conseil fédéral vient en effet de décider le 1er avril que «certaines dispositions relatives au contrôle de denrées alimentaires importées seront provisoirement assouplies. Il apparaît que, dans la crise actuelle, les contrôles ne peuvent être totalement assurés ni en Suisse ni à l’étranger. Cette mesure vise à garantir l’approvisionnement en évitant d’alourdir encore les procédures de déclaration.»

Petit tour d’horizon

La «Maison du Terroir» de Grandson est frappée de plein fouet par la crise. Tout le personnel a été mis en chômage technique et seul le directeur, Didier Hauswirth, continue à ouvrir les portes tous les jours pour assurer la vente des produits des terroirs dans ce village de 3’200 habitants. Ce bel endroit dans la rue Haute vent, à l’extérieur sous l’ombre du vieux mur de la maison, offre poireaux, choux, carottes, patates, pommes et salades, tous bio, frais et de la région. A l’intérieur, on trouve pain artisanal, saucisses, fromages, pâtes, vin, safran. Plus de 300 produits provenant de 70 fournisseurs de la région. Il a également commencé à concocter des plats à emporter ou à livrer à Grandson. Une pierre, deux coups: solidarité avec les personnes souvent âgées et confinées et des plats régionaux de qualités. D’après Didier Hauswirth, c’est un raisonnement logique lié à des questions environnementales, sociales et sanitaires.  Consommer local, bio et de saison fait éviter les transports trop longs, des pesticides, des manipulations de la marchandise non contrôlées et des marges d’intermédiaires souvent injustes. En achetant les produits du terroir, on renforce et soutient une économie plus sociale et plus juste. Le dynamique Didier vient de créer une «gazette des territoires» sur papier pour informer sur la production régionale. 

© Sarah Dohr

A 20 kilomètres de Grandson, le maraîcher Christian Bovigny tient la «Ferme bio du moulin» à Bavois. Il ne comprend pas la fermeture du marché d’Yverdon. Ces deux jours de vente à proximité de la société lui couvraient une grande partie de ses frais. Il n’a reçu aucune communication ou aide de la part de la Commune d’Yverdon, il doit dès lors se débrouiller tout seul. Avec les associations «Terre Ferme», un regroupement de plusieurs producteurs bio des environs et «L’autre temps», il promeut la livraison de paniers de légumes. Sa gamme compte aujourd’hui une centaine de produits bio que l’on peut commander. Selon lui, nous n’aurions pas besoin des initiatives lancées comme la protection des eaux si les consommateurs achetaient et soutenaient en masse le bio et le local. Dans cet esprit, il continue à planter et récolter salades, grumola, betterave, céleri, chou de Bruxelles, poireau, échalote, pourpier et toutes sortes d’autres légumes.

© Sarah Dohr

© Sarah Dohr

Non loin de là, à Bournens, Christophe Vandelle tient la boucherie Porchet où il produit de la vraie charcuterie vaudoise dans ses fumoirs à l’ancienne qui se trouvent juste au-dessus du magasin. Il ne se gêne pas pour dire les choses: depuis que la Confédération a fermé les hôtels et les restaurants, son chiffre d’affaires a baissé de 40%. Et comme il fait partie des entreprises alimentaires nécessaires à la société, il ne peut pas fermer son entreprise et pour l’instant ne bénéficie d’aucune aide de l’État. Il vit cette mise en difficulté extrêmement mal et craint que ces mesures aboutissent simplement à éliminer les artisans de l’alimentaire. Sans le soutien de la population, qui doit réapprendre la signification de ce véritable artisanat, son commerce, comme tant d’autres, ne survivrait que très difficilement.

© Sarah Dohr

© Sarah Dohr

Cette crise du coronavirus nous pousse à nous poser une question essentielle et existentielle, qui va au-delà de la crise actuelle: quel futur pour notre alimentation? 

Un petit rappel: les dépenses en denrées alimentaires ont évolué d’une façon drastique ces 50 dernières années. Si plus de 62% du budget familial allait à la nourriture au 19e siècle, cette part a diminué à 6.3% en 2015. Il existe des nombreuses études sur cette question. Le nouvel «art de vivre» a conduit à une consommation rapide et mondialisée, a effacé les saisons par l’importation d’une multitude de spécialités exotiques.

Ou alors vous avez aussi le choix d’aller deux à trois fois par semaine dans les coopératives, chez le paysan et chez le boucher du village, acheter frais, local, sans pesticides et de saison et ainsi revenir à une alimentation basique qui ne signifie en rien de renoncer à «l’art de vivre», vu le nombre divers de légumes et fruits, souvent des anciennes variétés, qui poussent sur nos terres et font découvrir la diversité du terroir. Deux sites internet, Local Heroes et Swissdelivery, regroupent les paysans et commerçants qui proposent leurs produits au détail ou en vente en ligne. 

Le syndicat Uniterre (2’500 membres) renseigne sur les lieux où l’on peut s’approvisionner directement chez le producteur. Il suffit de chercher un peu et on trouve. 

Enfin les villes de La Chaux-de-Fonds, Lausanne et Genève passent outre aux oukases fédéraux (ou les interprètent à leur façon…) et rouvrent déjà ou vont rouvrir partiellement leurs marchés. Sous diverses formes et avec moultes précautions.

D’autres cultivateurs locaux souffrent aussi de consignes aberrantes. La vente des fleurs reste interdite, dans les magasins comme sur les marchés! Absurdité. Se bouscule-t-on davantage devant les bouquets que devant le papier Q? C’est portant ce qu’ont décidé les hommes du général Berset. Oui à la courgette, non à la tulipe!

Le futur de l’alimentation vous appartient. A vous de choisir. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

GéopolitiqueEnquête

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

Diplomate militaire à l'OSCE, le colonel suisse A.F.* avait pour mission de maintenir ouverts les canaux avec Moscou. Accusé par un homme proche des services ukrainiens d'avoir livré des secrets aux Russes, il a été rappelé de Berlin fin 2024. Entre-temps, la justice militaire enquête sur lui pour trahison. Ses anciens collègues dénoncent une opération de désinformation, relayée par la NZZ et jamais contrée par Berne. Chronique d'un thriller politique.

Rafael Lutz

Assurance-maladie: 150 ans de promesses pour rendre la facture supportable

ÉconomieArticle

Assurance-maladie: 150 ans de promesses pour rendre la facture supportable

En 2027, les primes d’assurance-maladie devraient encore augmenter. Les principales estimations tablent sur une hausse de 4 à 5 %. Le chiffre officiel tombera fin septembre. Chaque année ou presque, le même bal se répète. Nous avons plongé dans cent cinquante ans d’archives de presse helvétiques pour retracer l’histoire de l’assurance-maladie et des débats incessants sur son financement. Certaines questions posées aujourd’hui l’étaient déjà il y a plus d’un siècle.

Martin Bernard

L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

GéopolitiqueCourrier des lecteursLibre

L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

Selon notre lecteur Daniel Rousseau, une partie de l’élite politique suisse serait prête à sacrifier l’indépendance du pays au confort d’une tutelle européenne. Critique des nouveaux accords avec l’UE comme de la logique de vassalité, il défend une Suisse capable de négocier sans se choisir un maître. Une stratégie qui, selon lui, a permis à la Confédération de prospérer malgré sa petite taille.

Bon pour la tête

«En cas de guerre contre la Russie, la Suisse prendra parti aux côtés des Etats membres de l’OTAN»

GéopolitiqueArticle

«En cas de guerre contre la Russie, la Suisse prendra parti aux côtés des Etats membres de l’OTAN»

Le journaliste alémanique Rafael Lutz a publié, le 19 août 2026, un livre qui fait couler beaucoup d’encre: «Das NATO-Netzwerk in der Schweiz». A l’aide de documents obtenus en vertu de la loi sur la transparence, il décrit un réseau de fonctionnaires, d'experts et de journalistes qui œuvrent au rapprochement méthodique de la Suisse avec l'OTAN. Après l'intervention de l'avocate d'une haute fonctionnaire visée par un chapitre, les grands libraires alémaniques ont retiré le livre de la vente. Aucune décision de justice n'a été rendue. A trois semaines du vote sur l'initiative pour la neutralité, Rafael Lutz livre ici sa première interview dans un média romand.

Martin Bernard