Grève de la faim et suicides: que se passe-t-il sur les navires de croisière bloqués par la pandémie?

Doménica Canchano Warthon

Par Doménica Canchano Warthon · Publié le 19 mai 2020 · 3 min de lecture

Grève de la faim et  suicides: que se passe-t-il sur les navires de croisière bloqués par la pandémie?
Les navires de croisière, partout dans le monde, ont débarqué leurs passagers. Mais les membres d'équipages sont contraints de rester à bord. Une situation de plus en plus délicate. - © Pixabay

A la mi-mars, lorsque la pandémie de coronavirus a paralysé l'ensemble de la planète, toutes les croisières ont été suspendues. Les compagnies qui transportaient des passagers ont réussi à les débarquer après des négociations compliquées, mais les membres de l'équipage sont restés à bord. Ils sont plus de 100.000 à vivre dans l'incertitude quant à leur avenir. L'une des entreprises maritimes concernées est la société Suisse, MSC. Revue de presse.

Il existe dans le monde une cinquantaine de navires de croisière sur lesquels plus de 100.000 membres d’équipage sont bloqués à cause de la pandémie de coronavirus. Ce confinement à bord a déjà causé la mort d’au moins 17 personnes et des dizaines d’autres ont dû être évacuées des navires et emmenées dans des hôpitaux qui acceptent souvent de ne traiter que les malades dont la vie est en grave danger. Ce sont les données qui ressortent d’un comptage du journal britannique The Guardian qui dénonce les conditions auxquelles sont contraints les « naufragés flottants » isolés à bord, souvent confinés dans leur cabine, sans rémunération et avec peu de possibilités de communication avec le monde extérieur.

Mais depuis le mois de mars, les décès non liés au COVID-19 sur les bateaux de croisière contraints à rester en mer sont en augmentation. Ces derniers jours, la situation s’est aggravée: un membre d’équipage originaire d’Ukraine âgé de 39 ans a sauté par-dessus bord du Regal Princess au large du port de Rotterdam aux Pays-Bas et n’a pas survécu à l’impact, selon Princess Cruises, une filiale de la société Carnival. En outre, au moins quatre membres d’équipage sont morts de causes non liées au coronavirus sur plusieurs paquebots de croisière.

Le journal américain Miami Herald a rapporté qu’un groupe d’environ 14 membres d’équipage a entamé une grève de la faim au cours du week-end passé sur le Navigator of the Seas, un bâtiment de la Royal Caribbean Corporation ancré dans le port de Miami.

Et des dizaines d’autres membres de l’équipage ont protesté à bord du Majesty of the Seas, qui erre dans les Caraïbes, avec des pancartes affichant Dormez bien, M. Bayley, en référence au président de la Royal Caribbean, Michael Bayley, selon le blog spécialisé Cruise Law News.

D’une part, les compagnies de croisière refusent de débarquer et de rapatrier leurs travailleurs parce que payer le transport et les affrètements pour les renvoyer chez eux coûte très cher, rapporte le Miami Herald local, citant un porte-parole des Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

D’autre part, les entreprises ont nié cette version et affirment que le CDC impose des règles très difficiles à mettre en œuvre pour le retour sur terre en toute sécurité des membres d’équipage afin d’éviter toute nouvelle contagion.

A cela, il faut ajouter le fait que certains pays, dont Haïti et les Philippines, exigent que les membres d’équipage subissent des tests avant de pouvoir rentrer chez eux. D’autres, comme la Grenade, veulent que les compagnies de croisière paient un séjour de quarantaine à terre à l’arrivée des membres d’équipage.

Jusqu’à récemment, la compagnie suisse MSC Cruises a rapatrié  76% des membres d’équipage; Carnival Corporation a permis le retour de 37% de ses employés restés en mer après l’arrêt de la croisière et le départ des passagers, Disney Cruise Line, 33%. Certains ont pu rentrer au moyen de charters aériens et d’autres en naviguant sur leur navire à travers les océans pour des voyages de plusieurs jours. La Bahamas Paradise Cruise Line a déclaré avoir rapatrié une centaine de personnes.

Norwegian Cruise Line Holdings n’a pas répondu aux demandes d’informations et le Royal Caribbean Cruises a refusé de se prononcer sur le nombre d’employés qu’elle doit encore faire revenir. Un calcul basé sur des données relatives aux employés figurant dans les documents financiers et les exigences minimales en matière d’équipage des navires estime à 23 % la part des marins ayant pu rentrer au pays.

Dans cette expérience, selon le psychiatre Eugenio Rothe, «Il y a un sentiment d’abandon, de perte, et de deuil, qui peut ensuite se transformer en dépression et même mener à des idées suicidaires», a-t-il déclaré au journal Le Figaro. L’idée de la mort s’installe déjà à bord.

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