Publié le 18 février 2022

L’équipe de l’ambassade des Etats-Unis en Ukraine s’est réinstallée en catastrophe à Lviv. – © US Embassy Kyiv

L’Ukraine sent la poudre. La poudre d’escampette. Les Etats-Unis ont déplacé leur ambassade à Lviv, à l’ouest du pays, après avoir détruit leur archives informatiques à Kiev. Plusieurs suiveurs occidentaux ont fermé ou réduit leurs représentations diplomatiques. Dont la Suisse qui en outre dissuade ses ressortissants de se rendre dans cette zone dite à hauts risques d’invasion, en dépit des dénégations de Poutine et des analyses de maints observateurs avertis.

Un ministre des affaires étrangères a toussé, Alexander Schellenberg, l’Autrichien. Il a maintenu ses gens sur place et vivement critiqué cette débandade, ce mauvais signal. En effet, on imagine la réaction des Ukrainiens que l’Occident prétend aider. Un déferlement de prévisions alarmistes en provenance de Washington, démenties dans les faits (non, la guerre n’a pas éclaté ce mercredi!), suffit à faire fuir les vaillants défenseurs de la démocratie. Curieuse solidarité. Les habitants de Taiwan retiennent la leçon: le jour où les avions chinois vombriront trop au-dessus de l’île, les résidents occidentaux se tireront vite fait bien fait.

Mais soyons positifs. Le cirque international autour de l’Ukraine fait beaucoup d’heureux. Le président Biden, mal pris chez lui, impopulaire, tente de redorer son blason en hurlant des mises en garde, dans la pose du chef de guerre. Poutine, lui, a aussi pas mal de soucis intérieurs. En montrant ses muscles, il rappelle à son peuple fier qu’il joue plus que jamais dans la cour des grands du monde. Quant au président ukrainien, le jeune Volodymyr Zelensky, il n’a pas goûté le vent de panique soufflé depuis Washington, mais il a des raisons de se réjouir: les Européens l’aideront à coup de milliards et désormais, quoi qu’il arrive, les chefs d’Etat lui rendront visite plus souvent.

Les Européens ont réussi à maintenir les tensions sur le terrain diplomatique, discréditant ainsi les coups de gueule américains. Mais l’OTAN ne va pas lâcher le morceau. Considérée hier par Emmanuel Macron «en état de mort clinique», elle a retrouvé sa vigueur. La voilà qui réclame maintenant de surveiller en permanence chaque déplacement de troupes en Russie et chez son alliée biélorusse. Son credo sur la défense des souverainetés est à géométrie variable. Il est vrai qu’elle l’a démontré, avec les conséquences que l’on sait, en Afghanistan, en Irak, en Libye…

Il n’empêche que l’OTAN a ces jours les grandes faveurs des éditorialistes suisses-alémaniques, de la NZZ au groupe AZ et à l’émission «Echo der Zeit». Nombre d’entre eux suggèrent, plus ou moins directement, que par les temps qui courent, la neutralité, c’est bien joli, mais qu’il serait sage de se rapprocher de l’alliance atlantique.

Les militaires opinent discrètement du chef. Qu’ils se rassurent, l’opinion publique les laisse adapter l’aviation aux systèmes d’information et de commandement américains. En «modernisant» les F/A-18 pour 450 millions de francs et en préparant l’arrivée du F-35, ce beau jouet dont on prévoit l’explosion des coûts.

Poutine tremble. Ou rigole. Il n’a probablement pas l’intention d’envahir l’Ukraine. La Suisse moins encore. Pourquoi irait-il chercher noise à un pays qui accueille si bien les bas de laine de ses oligarques, amis ou pas?

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