L’insoutenable légèreté antimilitariste


Le 27 septembre, le peuple dira si oui ou non il veut d’un nouvel avion de combat à six milliards de francs. Les arguments rationnels ne pèseront pas seuls dans la décision. Il en va aussi de l’estime de soi d’un pays, de son rapport à l’histoire, d’autres choses encore auxquelles le provincialisme de l’antimilitarisme «y’en a point comme nous» est insensible.
C’était au début des années 2000. Faute d’URSS, l’armée suisse possédait des blindés lourds à ne plus savoir qu’en faire. Le char allemand Leopard 2 était le fleuron de cette cavalerie devenue surnuméraire. Le média pour lequel je travaillais avait décidé de faire sa «cover», c’est-à-dire sa «une», sur les travaux d’état-major dans ce secteur de la défense, qui, comme La Du Barry réclamant encore une minute au bourreau, entendait prolonger d’un moment la vie avant la chute du couperet. J’avais imaginé, espéré, en couverture, une photo de char d’assaut façon album «Salisbury» d’Uriah Heep, pour marquer le contraste entre l’emploi d’un char de combat en temps de guerre et le rebut auquel la majeure partie de ces engins vrombissants étaient promise. L’illustration finalement choisie, un montage privé de tout réalisme viril, avait un côté affiche du PSS placardée dans une salle des profs. Les militaires y étaient comparés à de grands enfants faisant mumuse avec leurs joujoux.
Outre un message subliminal que je pensais deviner, cette photo qui n’en était pas vraiment une, renvoyait à cette propension d’une partie des Suisses, plutôt de gauche, à tourner en ridicule non seulement les militaires, mais l’institution elle-même. Comme si la défense nationale n’était qu’un cirque comptant pour beurre quoique coûtant bonbon. Un Buckingham avec ses «royals» galonnés et ses pioupious montant la garde. Une convention dont on ne saurait être dupe!
Cette inclination au dénigrement de l’armée demeure, même si elle a pas mal perdu de son gauchisme en cours de route. Elle mord au-delà du comique des Veillon-Kucholl se payant régulièrement le drolatique lieutenant-colonel Karl Heinz Inäbnit, «suppléant du commandant de la place d’arme de Bure», un staubirn chez les Welsches, une sorte de «Grande vadrouille» helvétique. Certes, en démocratie, a fortiori dans un pays qui, pendant des décennies, aura exigé de ses hommes une implication inconnue d’autres pays occidentaux, on a bien le droit de rire des puissants et plus encore de la puissance militaire, synonyme de sacrifice suprême – on est «Charlie» ou on ne l’est pas.




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.