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La France et la Serbie: le gangster et la prostituée

Par David Laufer · Publié le 6 septembre 2024 · 4 min de lecture

La France et la Serbie: le gangster et la prostituée
Emmanuel Macron et Aleksandar Vučić célèbrent la conclusion de la vente de 12 avions français Rafale à la Serbie. Belgrade, le 30 août dernier. © France 24 - capture d'écran

Lors de sa deuxième visite d'Etat en Serbie fin août, le président Macron a confirmé la vente de douze chasseurs Rafale à Belgrade. Cette visite illustre une vieille vérité énoncée par Stanley Kubrick: «Les grandes nations se sont toujours comportées comme des gangsters, et les petites nations comme des prostituées».

Un jeu d’équilibriste de la Serbie entre Moscou et Washington avait été mis au point par le Maréchal Tito et continué par le président serbe Vučić qui s’en réclame. Ce calcul cynique, qui n’est pas un alignement politique, permet de monnayer ses allégeances momentanées auprès des grandes puissances. C’est ce que Stanley Kubrick qualifie, à raison, de prostitution. Car d’un côté la Russie continue de défendre la Serbie au Conseil de sécurité de l’ONU, et lui laisse ouvertes ses frontières pour ses exports agroalimentaires. Et de l’autre côté, Belgrade se fait courtiser par l’UE pour la convaincre de se tourner résolument vers l’Ouest.

C’est dans ce contexte que le président Macron est arrivé à Belgrade le 29 août dernier, reçu en fanfare par son homologue Vučić. Tout était symbolique dans ce déplacement. A commencer par l’achat de douze Rafale, dont on est en droit de se demander à quoi ils pourront bien servir pour une armée de 37’000 actifs presque entièrement encerclée par les armées de l’OTAN. Le fait que la Croatie en a commandé également douze (d’occasion, certes) l’an dernier, et que la Grèce en soit aussi pourvue, a certainement joué. La Serbie s’aligne sur les équipements de l’OTAN, jette ses anciens MiG 29 soviétiques au rebut et promet, la main sur le cœur, d’emprunter le chemin glorieux qui mène à Bruxelles.

Ces avions serviront surtout à faire trembler les immeubles du centre-ville lors de la parade militaire de la fête nationale. Mais c’est leur poids diplomatique qui compte, pas leur manœuvrabilité. Tout en persistant à ne pas s’aligner sur les sanctions anti-russes, Belgrade désavoue Moscou dans les faits, sans permettre toutefois à Poutine de crier à la traîtrise. Ce que le Kremlin serait par ailleurs tout à fait en droit de faire, puisque la Serbie fournit également l’Ukraine en munitions depuis 2022, à hauteur de centaines de millions d’euros déjà. Et qu’elle a suspendu un grand nombre d’investissements russes en Serbie – trains, banques, hydrocarbures – et accueilli des dizaines de milliers d’opposants au régime de Vladimir Poutine.

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