80 ans de l’ONU: le multilatéralisme à l’épreuve de l’ère algorithmique

Igor Balanovski

Par Igor Balanovski · Publié le 14 novembre 2025 · 16 min de lecture

80 ans de l’ONU: le multilatéralisme à l’épreuve de l’ère algorithmique
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L’Organisation des Nations unies affronte un double défi: restaurer la confiance entre Etats et encadrer une intelligence artificielle qui recompose les rapports de pouvoir. Une équation inédite dans l’histoire du multilatéralisme. La gouvernance technologique est aujourd’hui un champ de coopération — ou de fracture — décisif pour l’avenir de l’ordre mondial.

Sommaire

Article adapté d’une interview publiée sur GenèveMonde.ch

En 2025, l’Organisation des Nations unies atteint le cap des 80 ans. Fondée à San Francisco en 1945, dans le fracas encore proche de la Seconde Guerre mondiale, elle incarnait alors la promesse du «plus jamais ça» et l’espoir d’un ordre international bâti sur le dialogue et la paix. Conçue comme une tribune pour les Etats souverains, l’ONU s’est imposée comme l’enceinte centrale du multilatéralisme. Mais au fil des décennies, sa légitimité s’est affaiblie, minée par le retour des rivalités géopolitiques et le recul de la volonté commune des Etats de s’accorder sur des objectifs partagés, dans un monde devenu plus complexe et plus instable.

Une évolution politique…

Cette évolution peut se lire à travers une double ligne de temps. La première retrace les jalons du multilatéralisme. En 1945, la création de l’ONU symbolise la volonté d’un nouvel ordre mondial. Après la chute du mur de Berlin, en 1991, l’idée d’une gouvernance universelle reprend de la force, prolongée par l’élan normatif du Sommet de Rio en 1992. En 2015, l’adoption des objectifs de développement durable (ODD) ouvre une nouvelle étape d’ambition collective (1). Dix ans plus tard, en 2025, le paysage apparaît fragmenté: les conflits en Ukraine et à Gaza rappellent la persistance des fractures entre grandes puissances, tandis que le système humanitaire reste fragilisé par les coupes unilatérales décidées sous la présidence Trump, qui ont amputé de nombreux programmes onusiens. Ces épisodes révèlent une évidence: la gouvernance collective s’essouffle. L’ONU, considérée depuis sa création comme un repère d’entente, s’efforce aujourd’hui de maintenir son rôle de médiateur dans un monde de plus en plus polarisé entre intérêts concurrents.

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