IA: déléguer ou ne pas déléguer la pensée humaine, telle est la question


L'intelligence artificielle bouleverse notre rapport à la connaissance, au travail et même à la pensée. Faut-il pour autant lui déléguer une partie de nos capacités cognitives? Entre risques de dépendance, souveraineté intellectuelle et nouvelles compétences à développer, la question dépasse largement la technologie. Elle touche à ce qui fait la singularité humaine: notre aptitude à penser, à dialoguer et à donner du sens dans un monde toujours plus complexe.
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Ce texte est une réaction à l’entretien donné par Solange Ghernaouti à Martin Bernard sur notre site: Avec l’IA, «nous jouons aux apprentis sorciers».
Il existe un outil puissant, malgré sa discrétion, qui n’a jamais été aussi indispensable dans l’histoire de l’humanité: le pluralisme. Il est puissant, d’une part, parce qu’il nous permet d’accéder à des informations clés dans des délais pertinents grâce à la variété de points de vue sur les dilemmes de notre époque. Il est d’autre part discret, ce qui est dû à son potentiel encore méconnu et qui réside dans le monde de la nuance, là où tout peut être observé fluidement, ce qui permet d’identifier les dilemmes actuels qui sont tout autant modernes que sans précédent — une condition de base pour espérer des résolutions. Le pluralisme offre donc un prisme à plusieurs facettes, capable d’appréhender plusieurs domaines simultanément là où le choix binaire d’une seule perception ne suffit plus.
Dans ce paysage conjugué au pluriel, nous nous éloignons du monde binaire où le «oui» et le «non» ne rendent plus compte de la complexité du réel. Le monde binaire, conjugué au singulier, aurait discrètement fait un saut quantique, rendant l’artifice de la machine bien plus réel, et, dans un même temps, rendant ce qui est réel chez l’humain bien plus visible. La logique binaire identifie le bien ou le mal, le 1 ou le 0, le oui ou le non, alors que le monde actuel exige d’explorer les nuances qui existent entre les deux. De là naissent les incertitudes face à l’IA: un système non binaire observé à travers un prisme binaire ne peut produire que de l’incompréhension. L’IA elle-même étant un système qui opère dans la non-binarité, son point de départ oblige l’humain à considérer cet espace aux nuances infinies que la logique binaire, présentant bien trop d’angles morts, ne peut tout simplement pas révéler. Dans un monde d’une telle complexité, le présent se conjugue désormais au conditionnel, les certitudes s’y dissolvent, façonnées et refaçonnées par des incertitudes qui ne cessent de croître.




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