Avec l’IA, « nous jouons aux apprentis sorciers »

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Le 15 avril dernier, l’Agence française des titres sécurisés – l’ANTS, la plateforme qui gère l’émission des passeports, cartes d’identité et permis de conduire – se faisait pirater. Bilan : 11,7 millions de comptes compromis.

La même semaine, la société Anthropic annonçait le lancement de Claude Mythos, une intelligence artificielle capable de détecter des failles de cybersécurité dans les logiciels. Elle est si puissante qu’elle a finalement été jugée trop dangereuse pour être mise sur le marché. Mythos est aujourd’hui disponible uniquement à un groupe restreint de géants technologiques américains. Elle a permis à Mozilla de corriger 423 vulnérabilités dans Firefox en un mois. Et elle est potentiellement capable de mener en autonomie des attaques informatiques complexes qui prendraient à un humain vingt heures de travail.

Dans l’univers numérique, qui contrôle quoi ? Qui protège qui ? Et au nom de quels intérêts ? C’est précisément à ces questions que répond Solange Ghernaouti dans l’entretien exclusif que nous avons réalisé avec elle.

Professeure émérite à l’Université de Lausanne, pionnière de la cybersécurité en Europe, experte auprès de l’ONU et du Parlement européen, auteure de plus de trente ouvrages – et désormais romancière avec Mémoire d’un robotoïde, paru en mars –, Ghernaouti est l’une des rares voix francophones qui refuse de séparer les questions techniques des questions politiques et philosophiques. 

Dans cet entretien avec Martin Bernard, elle analyse les causes profondes de la vague de fuites de données qui frappe la France depuis le début de l’année. 

Elle explique aussi en détail le fonctionnement technique de l’intelligence artificielle, qu’elle démystifie en démontant le vocabulaire qui a colonisé le débat public. Intelligenceconscienceraisonnement… Ces mots ne décrivent pas ce que font les LLM, dit-elle. Ils servent à vendre. Derrière chaque requête se cache en fait, selon Ghernaouti, une logique de soumission et de substitution qui nous conduit, si nous n’y faisons pas attention, à externaliser notre intelligence et nos compétences aux machines.

Au menu de l’entretien également, pèle-mêle: l’e-ID en Suisse et en Europe, l’infrastructure opaque derrière les QR code, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans et l’évolution générale du cadre légal permettant in fine, selon elle, de mieux contrôler les individus. 

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