La Finlande accuse Moscou d’une «attaque hybride»

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 24 novembre 2023 · 2 min de lecture

La Finlande accuse Moscou d’une «attaque hybride»
Poste frontière russe près de Vartius, en Finlande. - © Ludovic Péron - CC BY-SA 3.0

La Finlande, qui partage une frontière de 1’340 kilomètres avec la Russie, a annoncé fermer tous ses points de passage en réponse à une «attaque hybride» venue de Russie: une tentative de submersion migratoire orchestrée en représailles à l’adhésion du pays à l’OTAN, raconte le «Guardian» avec Reuters. Ces techniques sont de plus en plus employées contre l’Occident.

Seul le point de passage le plus au sud, celui de la gare de Raja-Jooseppi, sera ouvert à compter de vendredi 24, minuit, a annoncé le Premier ministre Petteri Orpo.

La Finlande, nouvelle adhérente de l’OTAN, déplore que de nombreux réfugiés venus de Syrie ou de Somalie soient «guidés» vers sa frontière, et en accuse la Russie. Ce mois-ci, 600 demandeurs d’asile ont franchi la frontière finno-russe, contre moins d’une dizaine auparavant. La Finlande ne se situe pas, en effet, sur les routes migratoires empruntées par les réfugiés d’Afrique subsaharienne ou du Proche-Orient.

L’Estonie appuie, et prétend que ces opérations, qu’elle constate également à ses frontières, visent à déstabiliser l’Etat et à compromettre sa sécurité. De même, les deux autres Etats baltes, la Lettonie et la Lituanie, ont déjà pointé la responsabilité de la Biélorussie dans des attaques similaires, orchestrant l’arrivée de milliers de migrants des mêmes régions, depuis 2021.

Les autorités russes n’ont pas souhaité commenter la décision finlandaise, ni les accusations; la Biélorussie, elle, niait toute implication dans l’arrivée massive de réfugiés dans les pays baltes.

Reste que le «chantage migratoire» est un moyen de pression de plus en plus employé pour déstabiliser l’Occident. En 2021, la Pologne accusait déjà la Biélorussie d’organiser le transport de migrants depuis Beyrouth ou Damas jusqu’à leur frontière commune.

En 2016, au plus fort de la crise des migrants, l’Union européenne avait accordé 6 milliards d’euros à la Turquie pour que celle-ci contienne le flux de réfugiés syriens. De même, l’UE finance la Biélorussie pour son aide dans la protection des frontières extérieures de l’Union: pour qu’elle conserve sur son sol les migrants qu’elle a elle-même fait venir. Le Maroc joue ce rôle vis-à-vis de l’enclave de Ceuta pour préserver l’Espagne. Des accords à double-tranchant, avec des Etats dont les intérêts ne sont pas forcément alignés sur ceux de l’Europe occidentale, et qui peuvent facilement se changer en arme fatale. On le voit, le défi migratoire est aussi un défi aux équilibres géopolitiques. Quant à la guerre, elle se mène aujourd’hui de bien des façons, nombreuses celles où les chars et les missiles ne servent à rien.


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