Publié le 4 avril 2020

Le président du Conseil des ministres italien, Giuseppe Conte, préside le Comité opérationnel de la protection civile convoqué par le chef du département, Angelo Borrelli, suite à l’état d’urgence déclaré pour le coronavirus. – © Wikimedia

Les politiques et les médias n'ont quasiment plus qu'un sujet: le coronavirus. Qui parle encore du climat, du Brexit, de la Syrie, du Yemen, de Lesbos?

De Bernd Hontschik, médecin, chirurgien, écrivain, établi à Francfort. Publié sur le site Infosperber le 3 avril 2020.


Ce qui se passe ici? Interdictions de sortir, fermeture des écoles, des universités, des jardins d’enfants, interdictions de se rassembler, frontières fermées, suspension des droits fondamentaux, patrouilles de police et bientôt de l’armée… Tout cela fait pour moi les signes du fascisme, des dictatures latino-américaines. Avons-nous maintenant affaire à une dictature sanitaire?

Il y a tant de choses qui vont mal, pas seulement les grandes catastrophes de Syrie, au Yemen, à la frontière de la Grèce et de la Turquie. Qui parle encore du climat? Plus le sujet. Qui parle encore du Brexit? La santé passe avant (…) La protection des données? Une plaisanterie. Telekom vient d’accorder cinq gigabyte supplémentaires à l’Institut Rober-Koch pour lui permettre de suivre les mouvements de la population (en Suisse, Swisscom a fait de même pour la Confédération). Anonymement bien sûr. Mais le confinement devient encore plus drastique, on pourrait bien personnaliser ces suivis.La dictature sanitaire l’exige. Et la population accepte tout cela avec une stupéfiante docilité: priorité à la santé!

Pour le sauvetage de l’économie, les gouvernements tiennent prêts des centaines de milliards, là aucune limite. D’où vient soudain tout cet argent et qu’en était-il dans la discussion sur la vitale reconversion énergétique? Fermé, ce dossier. Priorité à la santé!

N’avions-nous pas, il y a peu encore, un manque éclatant de personnel médical, en particulier dans les soins intensifs? Mais aujourd’hui les capacités devraient être au moins doublées.

Comment cela peut-il se passer? Ces complexes procédures, tant auprès des personnes qu’avec les machines, peuvent-elles être maîtrisées par des soignants qui n’ont pas été préalablement formés ? Ne nous préparait-on pas, ces dernières années, à la prétendue nécessité de fermer des centaines d’hôpitaux? Et maintenant les lits manquent partout, le personnel médical dans les hôpitaux est à bout, peu avant l’effondrement.

N’y a-t-il pas chaque hiver, à chaque fois, des milliers de victimes de la grippe, plus de 25’000 il y a deux ans en Allemagne? Ne meurent-ils pas chez nous plus de 30’000 patients et patientes du fait des infections contractées à l’hôpital? Il est très délicat d’entrer dans cette discussion. Ce qui devient clair, c’est que l’on parle là, dans toute l’humanité, de la vie et de la mort. Avec quoi d’autre pourrait-on conduire tous les continents à la paralysie sociale et économique quasi totale?

Qui aujourd’hui ne s’engage pas dans la guerre contre le virus se rend coupable. C’est du moins ce qui se dit aujourd’hui. Partout.


Ce texte a aussi été publié dans la Frankfurter Rundschau.

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