Prune se demande si elle n’est pas culturellement inappropriée

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 5 août 2022 · 4 min de lecture

Prune se demande si elle n’est pas culturellement inappropriée
La garde-robe de Prune contient quelques boubous africains. - © DR

Les tragi-comiques péripéties de la famille Schinken Pochon ///// Alors que toute la famille profite de vacances bien méritées, le stage de Prune est gâché par un coup de soleil sur le derrière de Theoa.x. Il s’en suit une concert de reggae qui bouleverse profondément leurs croyances et leurs identités. On a beau dire, ce n’est pas tous les jours facile pour les petits-bourgeois de gauche…

Jacques-André Schinken est professeur d’histoire-géographie, il vote socialiste, il a 56 ans. Nadège Pochon est psychologue, elle vote Vert Libéral, elle a 55 ans. Ils ont deux enfants, Simon-Pierre, 21 ans, étudiant en droit, et Prune, 19 ans, artiste.

Theoa.x ne va pas très bien, le séminaire sur l’anus s’est très mal passé. Nous étions sur la côte Amalfitaine, dans une propriété appartenant à l’ex-mari de notre coach en plaisir sexuel non-genré, et il faisait très chaud. Theoa.x a attrapé un coup de soleil sur les fesses le premier jour et iel n’a pas pu s’asseoir pendant 48 heures. Ça l’a mis.e.x de mauvaise humeur, son anus ne s’est jamais vraiment détendu mais Sodomina, notre coach, n’a pas voulu rembourser ses frais d’inscription.      

Ce n’était que le début de la série noire. Oncle Jean-Michel m’a appelée depuis Barcelone parce qu’une prostituée lui a volé sa carte de crédit et son passeport. Maman ne répondait pas depuis Saint-Domingue: «Elle se fait certainement réviser les bougies par un jeune et vigoureux blackos, a suggéré mon oncle. Et je ne voulait pas déranger ton con de père…» Et Simon-Pierre? «Lui, il me fait trop peur…» C’est donc moi qui ai dû envoyer de l’argent à tonton. «Je te revaudrai ça…»     

Pour détendre Theoa.x, j’ai suggéré qu’on se rende à un concert de reggae à Berne. Mal m’en a pris. Le concert a été annulé pour cause d’appropriation culturelle, les musiciens étant blancs et portant des dreadlocks. Comme Theoa.x, qui, du coup, a fait une grave crise d’identité. «Je te jure Prune, je ne m’approprie rien du tout, à l’intérieur de moi je suis noir et moi aussi je subis la discrimination raciale tout en ne pouvant pas bénéficier de la bienveillance des antiracistes…»

Et moi, est-ce que je suis en partie noire? Mes cheveux sont raides, je n’aime pas le manioc, je n’ai pas le sens du rythme et jusqu’à présent personne ne m’a discriminée. J’ai bien porté un boubou lors d’une fête déguisée mais le piment me donne la diarrhée. Et si je changeais de prénom? Est-ce que Fatoumata Schinken ça fait plus Africain que Prune? Pourquoi n’ai-je pas été adoptée par une famille malienne? Les opprimés ne savent pas comme il est douloureux d’être né chez les oppresseurs.    

Hier matin, nous avons dû aller aux urgences psychiatriques. Theoa.x s’est réveillé en m’interpellant: «Fatoumata, j’ai fait un cauchemar: j’étais un petit-bourgeois blanc, je portais des dreadlocks et j’écoutais du reggae…» Lorsqu’iel s’est rendu compte que son cauchemar était la réalité, iel a pété un câble. Après s’être rasé le crâne, iel a jeté tout ses produits de maquillage en répétant: «Je suis un mâle blanc cisgenre, je suis un mâle blanc cisgenre…» Ils vont lea garder quelques jours.     

Tout ça m’a fait me remettre en question. Quelle est ma culture? Quelle est ma couleur favorite? Est-ce que je préfère la vanille ou le citron? Pourquoi je me prive de prendre l’avion alors que j’en ai les moyens? J’en suis arrivée à la conclusion que, dans le fond, je n’aime pas le reggae…


Les épisodes précédents

La bonne résolution de Jacques-André 

Nadège est un peu déprimée par l’actualité 

Prune se cherche un genre 

La révolte bout chez Simon-Pierre 

Jacques-André se remémore les concerts de sa jeunesse 

Le slalom idéologique et affectif de Nadège 

Prune a des envies de sauce bolognaise 

Les woke n’auront pas raison de Simon-Pierre 

Jacques-André renonce momentanément à la salade russe 

Les décisions énergiques mais humaines de Nadège 

Simon-Pierre apprécie la virilité en géopolitique 

Pour Pâques, Prune va réaliser une performance inoubliable

Nadège se laisse aller à quelques fantasmes peu démocratiques

Alors que le PS français tourne à gauche, Jacques-André penche à droite

Simon-Pierre réfute vigoureusement le réchauffement climatique

Les choses seraient plus simples pour Prune si Johnny Depp était une femme

Contre toute attente, Nadège, hostile aux poils, est favorable au burkini

Harcèlement sexuel: Jacques-André fait son examen de conscience

Simon-Pierre dénonce une concupiscence subversive en matière sportive

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Simon-Pierre aime voir les athlètes dans leurs tenues moulantes

CultureArticleLibre

Simon-Pierre aime voir les athlètes dans leurs tenues moulantes

Les tragi-comiques péripéties de la famille Schinken Pochon ///// Il trouve que l’été est formidable! Les Jeux olympiques sont pour lui une célébration des valeurs viriles de la civilisation blanche et chrétienne qu’il chérit. En plus, tout se passe visiblement bien dans le sauna de Kevin, le chef des White Falcons. Un seul bémol atténue un peu l’enthousiasme estival de Simon-Pierre, le Paléo Festival où n’est jamais joué Wagner.

Patrick Morier-Genoud

«Le rire n’a jamais été totalement libre»

CultureArticle

«Le rire n’a jamais été totalement libre»

Le rire occupe une place paradoxale dans les sociétés humaines. Il est à la fois profondément ancré dans notre nature et régulièrement surveillé et cadré. Voilà la retranscription d’un extrait de l’entretien que Rémy Watremez a accordé à «Antithèse». S’appuyant notamment sur les analyses d’Henri Bergson, abordant les polémiques autour de Blanche Gardin ou Dieudonné, il explore ce que le rire révèle de notre humanité, et aussi les tensions qu’il suscite aujourd’hui dans l’espace public.

Rémy Watremez

CultureArticle

Quand le Festival bat son plein tous les Seniors n’ont pas le blues…

L’esprit du temps et le commerce obligeant: tous devraient hurler de joie, au risque sinon d’être taxés de ronchons. Mais la fête obligatoire ne suppose-t-elle pas que tous y soient conviés? Et si l’on poussait alors la logique à bout: si tout le monde se ruait au Montreux Jazz Festival, rollators et vieilles peaux même en civières? Question grave: qu’en est-il de notre rapport à l’âge, entre jeunisme et gâtisme? Et si l’on détendait un peu l’atmosphère?

Jean-Louis Kuffer

Et pourtant…

CultureArticle

Et pourtant…

Avant-première à Lausanne. «Monsieur Aznavour» a su réunir jeunes et vieux. La salle est pleine. L’émotion grandit dans l’attente de la projection. Et puis le film commence. A la fin, échange avec l’équipe du film, fort sympathique au demeurant. Biopic à la hauteur? Certainement pas. Et pourtant, pourtant… Critique et rétrospective.

Loris Salvatore Musumeci