Les décisions énergiques mais humaines de Nadège

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 18 mars 2022 · 3 min de lecture

Les décisions énergiques mais humaines de Nadège
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Retrouvez chaque semaine les tragi-comiques péripéties de la famille Schinken Pochon ///// Faut-il accueillir des réfugiés ukrainiens? Oui, dit Jacques-André. Nadège est d’accord, mais pas dans leur maison car ils n’ont pas la place disponible. C’est une femme énergique, elle va imaginer une solution, comme d’habitude. Sinon, si elle trouve le président français très sexy, ce n’est pas le cas en ce qui concerne son mari.

Jacques-André Schinken est professeur d’histoire-géographie, il vote socialiste, il a 56 ans. Nadège Pochon est psychologue, elle vote Vert Libéral, elle a 55 ans. Ils ont deux enfants, Simon-Pierre, 21 ans, étudiant en droit, et Prune, 19 ans, artiste.

«Et si on accueillait des réfugiés ukrainiens chez nous?» Jacques-André m’insupporte de plus en plus: comme si je n’avais que ça à faire, que ça à penser. Evidemment, cette peste de Prune a applaudi la proposition de son père. Simon-Pierre, lui, nous a rappelé notre devoir de neutralité. Et moi, j’ai précisé que nous n’avions pas de place à la maison, car, pour vider l’abri antiatomique, Jacques-André a rempli la chambre d’ami.

Mon frère m’a appelée, totalement paniqué. Suivant mon conseil, il a proposé à son rédacteur en chef d’envoyer à Kiev la stagiaire qui le persécute. «C’est toi qui va y aller, tu as plus d’expérience», s’est-il entendu répondre. Jean-Michel n’a bien sûr pas envie d’aller prendre froid en Ukraine, il a les bronches fragiles. C’est un éditorialiste, son talent est de donner son avis sur tout, pas de courir sous les bombes. Je lui ai dit de prétendre qu’il avait le Covid…  

Il est rassurant de voir que les Suisses ont repris le ski et que le Magic Pass comprendra treize nouvelles stations. «Et si on logeait des réfugiés dans notre appartement de vacances à Anzère?» Décidément, Jacques-André n’a toujours pas compris que c’est le pays qui doit accueillir des Ukrainiens, pas nous personnellement. En plus, Jean-Michel a besoin de se mettre au vert. Lui aussi est une sorte de réfugié: il fuit une persécution féministe.

Mon Dieu ce que le président Macron est beau en jeans et pas rasé! Quand je pense à notre président de la Confédération, avec sa tête d’agent d’assurance… Jacques-André m’a demandé en quoi notre abstinence sexuelle aidait les Ukrainiens, proposant de se laisser pousser une barbe de trois jours si je trouvais ça inspirant. En l’imaginant me besogner, en haut de pyjama et mal rasé, suant et grognant, j’ai eu une idée qui va satisfaire tout le monde.   

J’ai convaincu Jacques-André de vendre sur Internet sa collection d’affiches électorales du PS et d’envoyer en Ukraine les habits qu’il ne met plus – il a beaucoup forci, ainsi que ses anciennes chaussures de ski – il ne fait plus de sport. L’argent récolté ira à une association de solidarité avec les Ukrainiens. Un journal satirique belge a payé 60 euros pour l’affiche «Sur tous les fronts». Quant à la place laissée par les habits, elle va rendre accessible la chambre d’amis.   

Notre famille fait finalement preuve d’une belle solidarité avec les victimes de la guerre. Prune va aller en Ukraine apporter les affaires de son père, bon débarras! Et Jacques-André va désormais dormir dans la chambre d’amis: je n’aurai ainsi plus à craindre ses assauts libidineux.


Les épisodes précédents

La bonne résolution de Jacques-André 

Nadège est un peu déprimée par l’actualité 

Prune se cherche un genre 

La révolte bout chez Simon-Pierre 

Jacques-André se remémore les concerts de sa jeunesse 

Le slalom idéologique et affectif de Nadège 

Prune a des envies de sauce bolognaise 

Les woke n’auront pas raison de Simon-Pierre 

Jacques-André renonce momentanément à la salade russe 

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