Navalny, miroir de nos obsessions

Publié le 23 février 2024

Alexeï Navalny lors d’un meeting pendant la campagne municipale à Moscou, en août 2013. © IlyaIsaev – CC BY-SA 3.0

Maintenant qu’il est mort, Navalny a le droit de reposer en paix. Mais durant sa vie, il n’aura laissé personne indifférent, en Occident surtout. Alors que son cadavre était encore tiède, on a vu l’ensemble des médias et des dirigeants politiques occidentaux se lamenter et déplorer les larmes aux yeux la mort du «martyr de la liberté tué par Poutine» tandis que sa veuve visiblement très contente d’elle lisait un discours qui semblait préparé d’avance à la Conférence sur la sécurité de Munich.

Trois jours plus tard, elle rencontrait l’officialité européenne à Bruxelles, qui la recevait toutes affaires cessantes et ne semblait pas avoir d’autres urgences à traiter que de l’écouter. Les paysans européens appauvris par les hausses de taxes et des réglementations kafkaïennes apprécieront.

Cette belle unanimité et ces hommages auraient été beaucoup plus crédibles s’ils avaient été moins partiaux et s’ils n’avaient pas caché les troublantes zones d’ombre du personnage Nalvalny. Ainsi, le 12 janvier dernier, lorsque le «Navalny ukrainien», le journaliste chiléno-américain Gonzalo Lira, est décédé dans une prison ukrainienne où il avait été incarcéré illégalement par le SBU pour avoir dénoncé les mensonges et la corruption du régime de Zelensky, aucun média et aucun dirigeant occidental n’a jugé bon de déplorer la mort sous la torture de cet homme qui était pourtant un authentique martyr de la liberté.

De même, alors que Julian Assange attend depuis des années le verdict d’extradition d’un tribunal britannique qui l’a incarcéré dans une prison de haute sécurité dans des conditions de détention bien pires que celles de Navalny et sous un prétexte ridicule (le non respect d’un permis de séjour), les médias, les dirigeants européens et Mme Navalnaya, pourtant érigée en héroïne de la cause des prisonniers d’opinion, ne trouvent rien à redire. Curieux, non?

De même, pourquoi aucun média et aucun chef d’Etat occidental n’a-t-il jugé bon de rappeler que Navalny avait été condamné pour fraudes et malversations dans au moins trois affaires de détournement de fonds (dont l’affaire Yves Rocher et...

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