Léman Bleu a tiré une bonne carte

Publié le 22 novembre 2024

© lemanbleu.ch

Côté médias, il pleut tant de mauvaises nouvelles qu’on ne va pas se priver d’en saluer une bonne. Quittant «Le Temps», au regret de tant de ses lecteurs et lectrices, la grande journaliste Laure Lugon-Zugravu rejoint la petite et jeune équipe de la télé genevoise qui monte et que la profession a souvent saluée. A notre tour de saluer ici cette consœur.

Elle incarne le journalisme tel que nous l’aimons. Gagnée tôt par ce virus («j’ai longtemps eu le sentiment d’être payée pour pratiquer mon hobby!»). Formée sur le tas à La Liberté, au Nouveau quotidien, en marge de ses études en droit puis à HEI, elle a échappé aux écoles de journalisme et facultés de sciences sociales qui formatent les dernières générations de journalistes. Ayant vécu dans quatre cantons romands et en Roumanie, d’où vient son mari, le père de ses enfants ainsi familiers de l’Est, on ne s’étonne pas qu’elle ait le regard large. Portée au débat, jamais enfermée dans une certaine vision conformiste et moralisante. Quitte à choquer parfois les collègues. «Ce métier, explique-t-elle, c’est regarder le monde tel qu’il est et non comme on aimerait qu’il soit. C’est traiter des sujets qui intéressent des publics différents, pas seulement ceux qui plaisent aux pairs, que traitent les autres journaux et la RTS.»

On sait la ribambelle de problèmes qui accablent la presse, la radio, la TV de service public. Les ressources qui fondent, les patrons sans égards, la bureaucratie interne qui prolifère plus que les talents de plume, et bien sûr la vive concurrence des réseaux sociaux, Tiktok, Instagram et compagnie, les podcasts, les plateformes indépendantes sur le net. Mais Laure Lugon a raison: n’est-ce pas le moment de s’interroger aussi sur la pratique de nos métiers? Quand on voit comment la ligne pro-démocrate des prestigieux journaux de New York a été désavouée par la majorité des Américains… Troublant, non? Tendons mieux l’oreille à l’écrit de nos «tribus».

Quant au chahut des sites sur nos téléphones, plutôt que les maudire, mettons-y le nez. Même s’il faut se pincer souvent. Avec son fils et sa fille dans la vingtaine, Laure Lugon ne peut pas passer à côté. Elle y trouve grand intérêt. «Quand je vois que l’interview de Trump par Joe Rogan, longue de trois heures, a été vue par 50 millions de personnes sur Spotify et Youtube, je me dis qu’on ne peut pas ignorer un tel phénomène, ni se borner à le décrier.»

Nous ne manquerons donc pas les débuts de cette chère consœur à la télévision. Et nous retrouverons sa chronique hebdomadaire sur le site en chantier de Léman-Bleu.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

Histoires de foi

Il est assez rare que regarder le cul de la voiture devant soi au feu rouge suscite la méditation philosophique. Et pourtant, cet autocollant aperçu l’autre jour m’a laissé songeur: «Jésus est mon airbag». La croyance chrétienne protège-t-elle vraiment du tumulte des guerres dans nos têtes?

Jacques Pilet
Economie, PolitiqueAccès libre

Biens volés, restitutions gelées: pourquoi l’Europe garde encore l’argent des anciens régimes africains

Des milliards gelés, quelques millions restitués: du Nigeria à l’Algérie, l’écart entre les avoirs saisis par les pays européens et les sommes effectivement rendues aux Etats africains ne cesse de s’élargir. Enquête sur un système qui sait bloquer l’argent sale, mais peine à le rendre.

Bon pour la tête
Histoire

Le manuscrit de la fille de Staline au cœur d’une opération secrète dans la presse helvétique

Le 15 août 1967, une antenne du renseignement suisse reçoit une information inhabituelle. Une source codée provenant de Grande-Bretagne l’avertit qu’une opération d’influence est en cours de préparation dans un magazine helvétique. A la manœuvre, on retrouve László Taubinger, l’agent de l’Information Research Department (IRD) décrit dans l’épisode précédent.

Jean-Christophe Emmenegger
PolitiqueAccès libre

Quand le passé historique nous rattrape

Plusieurs pans de l’histoire s’imposent au souvenir ces temps-ci. Un film français nous renvoie à la collaboration avec Pétain. Les USA publient une liste énorme des membres du parti nazi. En Suisse, des historiens se battent jusqu’au Tribunal fédéral pour l’ouverture de documents interdits sur le passage chez nous de (...)

Jacques Pilet
PolitiqueAccès libre

La guerre sans visages: le Moyen-Orient à l’heure de la censure de la mort

Il y a quelque chose d’obscène dans la propreté de cette guerre. Depuis que les Etats-Unis et Israël ont lancé leurs premières frappes contre l’Iran, le 28 février dernier, les écrans du monde entier sont remplis de panaches de fumée, de graphiques militaires, de porte-parole en uniforme récitant des bilans (...)

Sid Ahmed Hammouche
Culture

Ces vignes qui disparaissent

Info-bagatelle? Peut-être, mais elle fait gamberger quiconque aime les saveurs du vin. La société issue de la coopérative viticole de Lutry, fondée en 1906, Terres de Lavaux, ferme ses portes. De nombreux vignerons de la région arrachent leurs vignes, ne trouvant pas de repreneurs. Et, comme partout, leurs bouteilles se (...)

Jacques Pilet
Histoire

Comment les services britanniques ont influencé la presse suisse pendant la guerre froide

Pendant des décennies, la Suisse s’est pensée et a été perçue comme un observateur distant de la guerre froide. Neutre, prudente, à l’écart des blocs, elle aurait traversé l’affrontement Est-Ouest sans vraiment y prendre part. Cette représentation rassurante a durablement façonné la mémoire collective helvétique. Les archives racontent une autre (...)

Jean-Christophe Emmenegger
Histoire

Max Petitpierre, le courage de négocier avec les méchants

Elu conseiller fédéral fin 1944, Max Petitpierre a su, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sortir la Suisse de son isolement en renouant des relations diplomatiques aussi bien avec les Etats-Unis qu’avec l’Union soviétique. A l’heure où les tensions internationales ravivent les réflexes idéologiques et les divisions, son pragmatisme (...)

Guy Mettan
Culture

Un sombre mais indispensable roman sur la Suisse des années 1970

Dans son nouveau livre, «Les miettes», l’écrivain alémanique Lukas Bärfuss expose la condition de femme immigrée, pauvre et mère célibataire dans la Suisse prospère d’alors. Il le fait sans aucun misérabilisme, sans états d’âme non plus. Ce qui encourage à se poser la question: qu’en est-il aujourd’hui?

Patrick Morier-Genoud
Politique

Politique suisse: au fond du fond de l’affaire Dittli

Que peuvent bien avoir en commun ce drame cantonal vaudois et l’étrange destin de Pierre Maudet à Genève? Ils révèlent les rivalités anciennes entre libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens, proches lorsqu’il s’agit de s’opposer à la gauche, mais aux mentalités bien différentes. De Genève à Lausanne, c’est tout un système d’alliances, d’ambitions (...)

François Schaller
Culture

Capodistrias, l’architecte du fédéralisme

Figure trop peu connue en Suisse, où il a pourtant joué un rôle déterminant, ce médecin né à Corfou et formé à Padoue eut en réalité une carrière politique d’exception. Après la chute de Napoléon, qui avait dessiné les frontières de la Suisse, le pays se trouva divisé entre des (...)

Jacques Pilet
Politique

Les Européens entraînés dans le chaos

La guerre au Moyen-Orient nous concerne plus que nous ne le ressentons. Avec, bien sûr, les fâcheux effets économiques. Avec la dérisoire question des touristes bloqués. Mais, bien plus encore, parce qu’elle révèle nos faiblesses et nos contradictions.

Jacques Pilet
Politique, Sciences & Technologies

Et si les réseaux sociaux protégeaient la démocratie?

Alors qu’ils sont l’objet d’attaques verbales virulentes et d’une charge régulatrice coordonnée — notamment par la classe politique et les médias traditionnels —, nous n’avons jamais autant eu besoin des réseaux sociaux et de leur «malinformation» qu’aujourd’hui. Exemples et analyse.

Pierre Gallaz
SociétéAccès libre

La RTS face au désamour

Après le rejet — probable — de l’initiative de l’UDC sur la redevance à 200 francs, le service public de radio-télévision ne sera pas au bout de ses peines. Tout de même contraint de réduire ses coûts. Mis au défi par les critiques qui ont déferlé, même chez nombre de (...)

Jacques Pilet
Politique

Russie-Ukraine: feu vert pour la Suisse

Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, une étroite fenêtre diplomatique semble s’entrouvrir. Forte de sa tradition de neutralité et de médiation, la Suisse pourrait saisir cette occasion pour renouer avec son rôle historique et contribuer à relancer une dynamique de paix.

Guy Mettan
Société

Tataki ou le mépris de la RTS pour les jeunes

La chaîne de la RTS (Radio Télévision Suisse) destinée aux 15-24 ans, diffusée sur les plateformes digitales, a fait parler d’elle avec le départ soudain de son directeur. L’occasion de jeter un œil sur le travail de cette copieuse équipe.

Jacques Pilet