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Le récit climatique, un plagiat de la Genèse

Par David Laufer · Publié le 4 août 2023 · 9 min de lecture

Le récit climatique, un plagiat de la Genèse
"Le Jardin d'Eden et la chute de l'homme", Pierre Paul Rubens, vers 1615.

L'eschatologie protestante de la damnation/rédemption, si chère aux Américains, a trouvé une nouvelle incarnation dans la cause humaine au changement climatique. Elle en est la copie si conforme qu'on y trouve également notre culpabilité, notre besoin de repentir, et notre omnipotence face à la nature.

Il y a cette scène de janvier 2017, à Washington. Donald Trump, récemment élu à la Maison-Blanche, a sélectionné Scott Pruitt au poste de directeur de l’Agence pour la protection de l’environnement. Pruitt suit la procédure ordinaire des questions devant un panel du Sénat. L’un des sénateurs présents est Bernie Sanders, qui a échoué à l’investiture du parti démocrate en 2016. La discussion porte sur le changement climatique. Sanders veut aller au fond des choses. En l’espace de quelques minutes, il pose cette question en la répétant plusieurs fois sous plusieurs formes: «Croyez-vous que le changement climatique est causé par les émissions de carbone provenant de l’activité humaine?» A quoi Scott Pruitt, poussé dans ses retranchements, finit par répondre: «Sénateur, mon opinion personnelle est sans intérêt». Sa nomination sera confirmée par la discipline du parti, sans surprise.

Le verbe croire sonnait comme une incongruité dans ce monument de la raison qu’est un parlement. «Do you believe in…» insistait Sanders avec autorité et fureur. Croire s’est néanmoins imposé dans le débat politique dès qu’il s’agit de science. Lors de la pandémie de Covid-19, les élus et les journalistes de plateaux enjoignaient la population à «croire en la science». Il semble que nous ayons été programmés depuis trop longtemps pour nous défaire de nos habitudes aussi rapidement que nous le souhaiterions. Dieu est mort mais tout se passe comme si notre lexique et nos réflexes idéologiques ne parvenaient pas à en faire le deuil. Aussi rationalistes, objectivistes et matérialistes que nous croyons être, nous charrions des siècles d’endoctrinement qui ont façonné notre vision du monde.

Ainsi la question du changement climatique, comme un carottage géologique, révèle ce qui reste de croyances et de craintes ataviques sous nos convictions. En particulier, la question de l’activité humaine comme facteur principal de ce changement vient hanter les marches de nos consciences, où rationalité scientifique et vision eschatologique viennent se chevaucher. Le changement climatique n’est pas une nouvelle affaire. Dès la fin du XIXème siècle, des scientifiques alertent le monde en soulignant les effets potentiellement dévastateurs de l’usage des énergies fossiles et du rejet de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Il faudra encore un siècle pour que le monde, loin des convictions, puisse l’observer à l’œil nu et commence à s’en inquiéter, avant d’en faire une Cause Célèbre. Le réchauffement de la planète est observable. La hausse des températures, les évènements catastrophiques et la fonte des glaciers ne sont pas des objets de débat. Ils sont mesurés, calculés.

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