La paranoïa gouvernementale, premier rempart à la culture

Amèle Debey

Par Amèle Debey · Publié le 22 août 2019 · 2 min de lecture

La paranoïa gouvernementale, premier rempart à la culture
301'878 livres ont été détruits depuis 2016 et le coup d’Etat avorté. - © DR

Début août, le ministre turc de l’Education, Ziya Selçuk, a annoncé la destruction de plus de 300’000 livres, préalablement retirés des écoles et des bibliothèques, depuis la tentative de coup d’Etat de 2016, révèle le Guardian.

L’information a été révélée par l’un des rares médias turcs encore existant, puis officialisée par le ministère: la culture et l’éducation continuent à faire les frais de la paranoïa gouvernementale en Turquie, où 301’878 livres ont été détruits depuis 2016 et le coup d’Etat avorté.

«En trois ans à peine, le paysage éditorial turc a été pratiquement décimé. Vingt-neuf maisons d’édition ont été fermées par décret d’urgence pour ‘diffusion de propagande terroriste’», ont déclaré PEN International et PEN Angleterre (associations internationales d’écrivains) dans un communiqué conjoint.

Accusé d’avoir incité le coup d’Etat de 2016, Fethullah Gülen, l’intellectuel musulman exilé en Pennsylvanie depuis 1999, matérialise les peurs du gouvernement Erdogan, parti en croisade pour exterminer toute évocation de Gülen dans le pays. Selon le site Turkey Purge, lancé par des journalistes mobilisés contre l’oppression, un livre de maths aurait été interdit en 2016, car l’une des questions demandait de «lire du point F au point G». En décembre de la même année, 1,8 millions de manuels ont été détruits puis réimprimés, car ils contenaient le mot «Pennsylvanie», selon le journal turc BirGün. C’est dire l’ampleur de la riposte gouvernementale contre celui qu’elle tient pour responsable des événements d’il y a trois ans.

«Le gouvernement a considérablement accru son influence sur le paysage des médias et de l’édition, faisant ainsi taire les voix critiques», a encore déclaré PEN. «Nous appelons les autorités turques à autoriser la réouverture et le fonctionnement indépendant des maisons d’édition et à mettre un terme urgent à leur répression de grande envergure contre la liberté d’expression, qui se poursuit sans relâche».


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