Mieux parler… grâce à TikTok
© Captures d’écran
Ainsi une élégante dame de Versailles nommée Lê The Mai n’en finit pas d’explorer sur TikTok les non-dits, les nuances sous-jacentes de tel ou tel terme. Les pièges aussi. «Expliquer», par exemple, c’est chercher les causes d’une situation, d’une crise, d’une guerre peut-être. Mais l’exercice, sur certains sujets brûlants, passe souvent pour une justification. Or on peut essayer de comprendre ce qui conduit à un phénomène sans nullement l’approuver. Elle décode aussi des formules d’une parfaite banalité, comme «ça s’est bien passé». Selon la tonalité et la mine du locuteur, cela peut être une formule réjouissante ou pas tant qu’il y paraît.
Une autre exploratrice du vocabulaire, fort attentive à son image, du nom de Hayet Iouni, jongle entre l’arabe et un français raffiné. Elle nous rappelle ou nous apprend ainsi qu’un homme qui se laisse mener par le bout du nez est un «jocrisse». Le saviez-vous? Ou qu’un personnage follement admiratif de lui-même est «autolâtre». Vous voyez qui mérite cette étiquette? Infatigable dans ce jeu, voilà qu’elle révèle qu’une personne qui adore le luxe et s’y prélasse est une «sybarite». Sans aller cependant jusqu’à expliquer que le terme désignait, dans l’Antiquité, un habitant de la cité de Sybaris, dans le sud de l’Italie, une ville qui fut attaquée pour y voler les marchandises fastueuses qui y étaient déposées. Enfin, elle s’amuse à ressortir des mots enfouis, découvre, par exemple, ce qu’est la compression, ou la mendacité… A l’heure où le régime algérien tourne le dos à notre langue au profit de l’anglais, il est réjouissant de recevoir quelques leçons de français d’une brillante Algérienne.
Athena Sol, quant à elle, jeune et charmante linguiste, a une passion: chercher l’étymologie des mots et de certaines formules. Elle s’y promène avec aisance, maîtrisant le latin et le grec. Mais gare, elle joue la sévérité avec les ignorants et les maladroits, et se plaît à relever «ces fautes de français tellement courantes que si l’on ne les fait pas, les gens pensent que tu te trompes». Et elle? D’où est-elle issue? On n’en sait rien, mais elle nous rappelle que le terme «issu» est le participe passé du verbe «issir». Son savoir est moins brillant quand elle aborde les expressions francophones utilisées hors de France. Mais elle salue notre «septante» et notre «huitante», plus logiques que la numérotation d’outre-Jura. La faute, selon elle, aux Celtes et aux Normands, à leur système vicésimal, de 20 en 20. Et à Louis XIV qui aurait tranché les hésitations en approuvant les appellations françaises actuelles.
La coquine s’amuse également en décortiquant le terme «mords-moi le nœud». Référence à une fellation ratée ou à la façon des marins d’autrefois de dénouer les cordages. A choix.
On rit ou pas à ces leçons charmantes mais, à y goûter, on ne maudit plus autant TikTok.
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