L’IA fossoyeuse de la démocratie et du politique

Solange Ghernaouti

Par Solange Ghernaouti · Publié le 16 janvier 2026 · 16 min de lecture

L’IA fossoyeuse de la démocratie et du politique
© DR

Dans un monde hyperconnecté, à l’heure de la dépendance informatique, les opérations d’influence et de désinformation ajoutées à la cybercriminalité et aux dysfonctionnements informatiques sont de plus en plus dévastatrices. L’intelligence artificielle comme les réseaux sociaux, leurs natures, modes de fonctionnement et les modèles économiques qui les sous-tendent, sont au service du technocapitalisme. Ils sont des instruments de puissance et de pouvoir de ceux qui possèdent les infrastructures numériques et imposent leurs conditions d’utilisation.

Sommaire

La banalisation des usages de l’IA renforce les capacités des opérations de manipulation de l’opinion de la population et de ses dirigeants économiques et politiques. Il peut s’agir d’opérations planifiées ou opportunistes, de martèlement d’idées, de récits et d’images pour façonner les perceptions, les opinions, les comportements mais aussi les contrôler et les réprimer.

Les régimes démocratiques ne sont pas à l’abri d’une déstabilisation par des campagnes de désinformation. La lutte contre la manipulation de l’information fait désormais partie des doctrines de défense des pays. Il est impératif de pouvoir contrer des opérations adverses de nature stratégique et opérationnelle qui consistent à transformer les convictions et les croyances des personnes et à influencer leurs actions. L’influence s’exprime de façon massive au travers des réseaux sociaux, selon divers procédés relevant de la publicité et du divertissement. Sa finalité peut être d’ordre politique (influencer des élections, appeler à l’insurrection, au terrorisme, à la haine, au séparatisme, etc.) ou à vocation économique pour orienter la consommation.

Les réseaux sociaux au cœur de la compromission des cerveaux

Les réseaux sociaux sont conçus pour engendrer la dépendance à leur usage et développer des comportements addictifs. Leur mode de fonctionnement s’appuie sur la quête de visibilité, de réputation et sur celle de viralité. Ils sont des instruments au service de la propagation et de l’amplification de contenus. Ils permettent de manipuler de manière individuelle et collective, à l’échelle locale et internationale. Ils facilitent entre autres, la création et propagation de constructions idéologiques fabriquées à partir des données y compris synthétiques (générées par des IA) qui peuvent avoir un rapport éloigné à la vérité et à la réalité. Seuls compte l’apparence, le paraître, la vraisemblance et la conformité aux modes de fonctionnement des réseaux sociaux et indicateurs de valeurs (popularité, nombre de followers, de vues, etc.).

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
12 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

«Project Panama», l’autodafé qu’Anthropic aurait préféré garder secret

Sciences et technologiesArticle

«Project Panama», l’autodafé qu’Anthropic aurait préféré garder secret

En 2024, Anthropic lançait en toute discrétion une opération destinée à acquérir, numériser, puis détruire des millions de livres afin d’alimenter Claude, son intelligence artificielle. Une pratique légale aux Etats-Unis, qui dépasse largement la question du droit d’auteur. A mesure que les machines absorbent notre patrimoine écrit, que restera-t-il de notre rapport aux livres si l’IA finit par s’interposer entre les textes et leurs lecteurs?

Tatiana Crelier

L’IA a besoin de philosophes, mais un diplôme fait-il un philosophe?

PhilosophieArticle

L’IA a besoin de philosophes, mais un diplôme fait-il un philosophe?

Le cadre normatif est en pleine bascule. Les journaux américains, notamment «The Economist» et le «New York Times» illustrent le point d'entrée d’une des conversations les plus conséquentes du moment: les grands laboratoires d'IA recrutent des philosophes. Une nouvelle qui rend perplexes tant les ingénieurs que les philosophes de la spéculation. Mais que révèle cette tendance, et que devrait-elle changer dans la manière dont on choisit ses études?

Igor Balanovski

Fable et Mythos hors-ligne: la cybersécurité prise en otage par le technopouvoir

Sciences et technologiesArticle

Fable et Mythos hors-ligne: la cybersécurité prise en otage par le technopouvoir

Cybersécurité, intelligence artificielle, souveraineté technologique… ces enjeux figurent désormais parmi les priorités stratégiques des grandes puissances. La création, en 2024, d’un groupe de travail du G7 dédié à la cybersécurité illustre cette préoccupation croissante face à des menaces numériques jugées critiques pour la sécurité, l’économie et le fonctionnement des démocraties. Mais à l’ombre du G7 d’Évian 2026, c’est un scandale d’une tout autre nature qui agite aujourd’hui le monde de la cybersécurité.

Solange Ghernaouti

Quand la surstimulation nous éloigne du réel

PhilosophieArticle

Quand la surstimulation nous éloigne du réel

Habiter le réel à l’ère du flux d’information et de l’intelligence artificielle devient un enjeu central. Dans un environnement où l’expérience tend à être lissée, immédiate et sans friction, les rapports au temps, à autrui et à la pensée se transforment en profondeur. Ce déplacement interroge les conditions mêmes de l’apprentissage, mais aussi celles de notre présence au monde.

Yves Borgeaud