L’énergie, nerf de la guerre

Publié le 1 septembre 2023

De gauche à droite, le président brésilien Lula, Xi Jinping, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, Narendra Modi, Premier ministre indien, et le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov, au sommet des BRICS d’août 2023. – © Prime Minister’s Office – Press Information Bureau – India – source officielle

On a entendu tout et son contraire sur le dernier sommet des BRICS à Johannesburg. Victoire et défaite de la Chine, isolement de la Russie et succès russe, élargissement réussi mais ambitions financières mises en échec, club de carpes et de lapins et front d’opposition contre l’hégémonie occidentale, etc. Certains espéraient une rupture révolutionnaire avec l’ordre établi et d’autres le début de la fin du dollar, tandis que beaucoup, au Nord, souhaitaient un échec.

Rien de tout cela n’est advenu. Au contraire, le déroulement de cette rencontre frappe par sa modération, son sens des équilibres mondiaux et sa vision stratégique. Ce sont autant de gages de réussite pour l’avenir. Le basculement économique du monde, que nous avons souvent évoqué dans ces colonnes depuis dix ans, est désormais entré dans sa phase politique, mais sans tambours ni trompettes. Et c’est tant mieux ainsi.

Premier constat, la longue déclaration finale prend grand soin d’affirmer que le mouvement des BRICS ne s’inscrit pas contre l’Occident mais veut s’insérer dans l’ordre international existant tel que défini par la Charte des Nations Unies. Pas de tabula rasa, mais une volonté clairement exprimée de rééquilibrer la fameuse «gouvernance mondiale» en faveur du Sud global. Idem pour l’économie: le libre-échangisme et le libéralisme ne sont pas remis en cause, ni même le dollar. On veut simplement faire monter en puissance les échanges en monnaies locales dans le commerce bilatéral. C’est modeste mais réaliste, et probablement beaucoup plus efficace à terme que des grandes annonces jamais suivies d’effets.

Mais c’est sur le plan stratégique que l’avancée est la plus manifeste. Le choix des six pays retenus dans cette première phase d’élargissement montre une conscience aiguë des équilibres internationaux et de l’enjeu le plus déterminant pour l’avenir du monde, à savoir celui de l’énergie. En intégrant à la fois l’Iran, l’Arabie saoudite et les Emirats, non seulement on consolide la collaboration entre ces trois pays naguère hostiles mais on renforce l’homogénéité du...

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