Des milliards pour l’hydrogène? Du gaspillage!

Publié le 30 septembre 2022

© Viktor Kiryanov via Unsplash

La politique énergétique annoncée à grand fracas par la présidente de la Commission européenne est vivement critiquée par un connaisseur, l’énergéticien italo-belge Samuele Furfari, actuel président de la Société européenne des Ingénieurs et des Industriels et qui a exercé comme haut fonctionnaire à la Direction générale de l’énergie de la Commission européenne entre 1982 et 2018. La revue «European Scientist» s’en fait l’écho.

Cet expert se dit surpris par le ton du discours de Ursula van der Leyen qui martèle à six reprises «je veux»! Alors qu’elle s’exprime sans avoir consulté le Parlement européen ni les 27 pays-membres, alors que les décisions doivent être prises à l’unanimité. Mais la critique porte surtout sur le fond. Elle se réjouit que le gaz russe ne représente plus que 9% des importations quand cette interruption des livraisons – réclamée dès le début par l’UE – plonge son propre pays dans une crise économique d’une gravité extrême. Et voilà que de surcroît un mystérieux sabotage des gazoducs Nord Stream exclut toute reprise dans les mois qui viennent, quelle que soit l’issue du conflit. 

La Commission annonce la création d’une «banque de l’hydrogène», soutenue à coup de milliards d’euros. Samuel Furfari, auteur d’un ouvrage sur «L’utopie hydrogène», estime que ce choix n’a pas été sérieusement pensé. La production de ce carburant, utile aussi pour la production d’ammoniaque et donc d’engrais azotés, exige de grandes quantités d’énergie. «Brûler de l’hydrogène, c’est comme brûler un sac à main Louis Vuitton pour produire de la chaleur», lance-t-il. Van der Leyen évoque la possibilité d’en importer… d’Ukraine. Or ce pays a lui-même des difficultés d’approvisionnement énergétique. «La région du Dniepr-Donetsk – où la guerre fait rage – représente 90% de la production de gaz naturel de l’Ukraine et risque d’être perdue pendant un certain temps, tout comme le bassin gazier de la mer Noire de Skifska, à l’ouest, au large de la Crimée. En 2019, près de la moitié (45%) du charbon consommé en Ukraine a été importée et l’Ukraine doit acheter 35% de sa consommation d’énergie à l’étranger. En 2020, quatre centrales nucléaires comptant 15 réacteurs ont généré plus de 51% de l’approvisionnement total en électricité. Il n’y a pas d’électricité verte en Ukraine et il faudra attendre longtemps avant que le pays puisse se l’offrir.»

Dès lors que faire? Furfari préconise de miser sur le nucléaire et sur des mesures d’économies massives à travers une meilleure isolation des bâtiments, «aujourd’hui de vraies passoires». Mais pour cela il faut des appuis financiers importants et les collectivités publiques voient leurs caisses en voie d’épuisement. Les milliards consacrés à l’hydrogène auraient là une utilisation plus réaliste et plus efficace. 


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