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D’une guerre l’autre

Publié le 19 août 2020 · 6 min de lecture

D’une guerre l’autre
L’incendie de Saint-Gingolph vu depuis Vevey, 23 juillet 1944 © Coll. part.

Certains livres, romans, récits, sans qu’ils soient pour autant de nos auteurs favoris, nous habitent – mais pourquoi? – longtemps encore après les avoir lus. Quand bien même on ne se souvient que d’un climat, d’une atmosphère. C’est le cas d’un ouvrage, dont le titre m’avait intrigué à sa parution en 1977, Et Saint-Gingolph brûlait. On parlait alors beaucoup de son auteur, Henri Debluë, qui signait le livret de la Fête des Vignerons de cette année-là. J’y ai souvent repensé ces derniers mois, lorsque la Suisse avec ses rues, ses terrasses vides, ses hôtels désertés, offrait le visage d’un autre temps, d’une autre époque. Celle-là même qu’évoque Henri Debluë dans son livre.

Le narrateur anonyme d’Et Saint-Gingolph brûlait ressemble beaucoup à l’auteur, qui avait le même âge que lui ou à peu près au moment du récit – né en 1924, décédé en 1988, Henri Debluë était l’oncle de François, poète et librettiste d’une autre Fête des Vignerons; hormis Et Saint-Gingolph brûlait, le Montreusien nous a encore laissé un roman, Les cerises noires ainsi que plusieurs pièces de théâtres, dont Le procès de la truie. 

Lorsque débute le récit, nous sommes au plus fort de la guerre, en 1943. Le narrateur s’apprête à entrer à l’école de recrue. En attendant, il tue le temps dans sa cité natale, Montreux, aux allures de belle au bois dormant. Bien que la Suisse constitue une sorte d’îlot miraculeusement préservé au milieu de la tempête de la guerre, touristes et riches étrangers l’ont désertée. Les hôtels qui ont fait la gloire de Montreux ont fermé pour la plupart, ou, pour les quelques-uns encore ouverts, n’accueillent plus que de rares clients. 

Cette nuit-là encore, comme souvent, le narrateur traine son ennui dans les rues de Montreux avec Wang, un jeune Chinois. La guerre l’avait surpris alors qu’il venait de s’inscrire dans une école internationale à Genève après avoir séjourné à Londres, Paris et Milan. Ne voulant ou ne pouvant pas rentrer dans son pays, il avait choisi de rester en Suisse. Qui est-il? D’où vient-il? On n’en saura pas davantage. Pour l’heure, Wang a trouvé un emploi de valet auprès d’un comte allemand installé au Montreux-Palace et qui avait décidé lui aussi d’attendre la fin de la guerre en Suisse. Mais au fil du temps, les relations entre le maître et le serviteur se sont détériorées. 

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