Armée suisse: les lâcheurs se pavanent

Thomas Süssli, Viola Amherd et Christian Dussey. – © DR
Crise à la tête de l’armée: aviation ruineuse, services de renseignements dans le pétrin, Ruag accusée de fraude. C’est gros comme un paquebot qui coule, que les capitaines quittent les premiers. Et que nous dit-on officiellement? La conseillère fédérale démissionnaire, le «général» Süssli, le chef des espions et contre-espions, le Valaisan Dussey, eux aussi en partance, apparaissent tranquillement à la tribune, se déversent mutuellement des fleurs. Tout va bien madame la marquise. Courant normal, disent-ils… mais la direction pagaye. Seul point qui irrite le trio: qu’un journal ait dévoilé des décisions… un mois après qu’elles aient été prises. Il tient au «secret défense» pour tenir le public à distance de ses déboires.
Une absence à la table. Le secrétaire d’Etat à la tête du DDPS, Markus Mäder, nommé il y a un an, est-il grippé? Ou prié de rester à la maison? Avec tous ces départs annoncés, les naïfs pourraient penser qu’il devrait prendre les choses en mains. Mais non. Va-t-il aussi quitter le navire? Ou alors sa fonction ne rime à rien?
Le culot de MM. Süssli et Dussey est renversant. Le premier veut rester jusqu’à la fin de l’année, le second jusqu’en mars 2026. Confortable… mais sans plus aucune autorité pour tenter de mettre un peu d’ordre dans leurs affaires. On peut espérer que le successeur de Viola Amherd, dans trois semaines, priera ces démissionnaires de partir dare-dare en vacances.
Un sketch satirique
Quant au Conseil fédéral, il était représenté par son porte-parole, le vice-chancelier Andrea Arcidiacono, nommé en octobre 2024… et démissionnaire! Il partira fin mars pour des motifs d’ordre privé. Mais un autre acteur manquait: le divisionnaire Peter Merz, chef de l’aviation, engagé en octobre dernier… qui quittera le bateau à fin septembre! Il a dû déprimer en découvrant le dossier des FA-35. L’avion qui ne vole pas, qui n’émettra aucun gaz à effet de serre avant longtemps mais qui avale déjà des milliards avec un appétit insatiable.
Tout cela ressemble de plus en plus à un sketch satirique qui pourrait s’intituler: «Les lâcheurs se pavanent».
Et les six autres membres du Conseil fédéral, qu’en disent-ils? Motus et bouche cousue. Chacun pour soi. Alors que plusieurs départements sont indirectement concernés par la pétaudière: la finance, l’intérieur, la diplomatie… Peut-on encore qualifier un tel club de gouvernement?
Il y en eut dans le passé. En 1964, lorsque la facture des 100 Mirages commandés se gonfla de 50 %, la réaction fut vive et rapide. Six mois après la révélation, il fut annoncé que l’on se contenterait de 56 avions. Une commission d’enquête parlementaire fut aussitôt désignée. Un certain Kurt Furgler prit les choses en mains… et poussa son collègue chargé de la défense, Paul Chaudet, vers la sortie.
Il faut s’y faire. Il n’y a pas aujourd’hui de tels gabarits aux commandes. A moins d’une surprise. En attendant on hésite entre rires et grimaces.
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