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Le lâchage brutal et méprisant de l’Europe par l’Amérique de Trump a de quoi choquer. Tout comme son rapprochement à tâtons de la Russie. Que la défense européenne soit à revoir, à s’unir, à se distancer des armements américains, c’est l’évidence. Mais est-ce à dire que la menace russe s’accroît sur toute l’Europe comme l’affirme Macron? Alors que Poutine patine en Ukraine, à sa porte. Doucement, les basses. Un peu de raison et moins d’émotion.

La France s’enflamme dans les clameurs guerrières. Défilés de généraux sur les plateaux. Emissions spéciales, comme sur la 2e chaîne publique: «La France face à la guerre». Les «urgences» se succèdent à toute allure: oubliées celle de l’action climatique, celle de freiner les déficits abyssaux. Le président prône maintenant un sursaut des armes et des âmes. «Quoi qu’il en coûte», encore une fois.

Les télés vont jusqu’à tendre le micro à de curieux personnages. Tel le sénateur Malhuret (maire de Vichy pendant 23 ans et inquiété par des accusations de malversations) qui désigne Trump comme le nouveau Néron et espère l’effondrement de la Russie. Ou une ex-célébrité du spectacle, Macha Méril (84 ans) qui s’émerveille de voir une jeunesse prête au combat, prête à renoncer aux vacances et aux autres futilités pour l’honneur de la patrie…

Le refrain de la Marseillaise remonte des profondeurs

Comme si la France esquissait un besoin secret de revanche. Elle a perdu tant de guerres depuis 1940. L’Indochine, l’Algérie, et plus récemment, tant de revers en Afrique… Soudain, au-delà de toutes les analyses géopolitiques, le refrain de la Marseillaise remonte des profondeurs: «Aux armes, citoyens, Formez vos bataillons, Marchons, marchons! Qu’un sang impur Abreuve nos sillons!»

Certes, tous les Français ne sont pas pris de cette fièvre. Beaucoup voient l’intérêt personnel de leur président à s’échauffer ainsi pour faire oublier son désastreux bilan. Nombre de parlementaires ont refusé − ou se sont abstenus − la proposition, néanmoins acceptée, de préparer la saisie de tous les fonds russes déposés en France, voyant bien que cela l’éloignerait plus encore du fameux «Sud global» qui se méfie des banques européennes et en trouve d’autres, à Dubaï ou ailleurs. 

Dans le discours de Macron qui a mis le feu au débat, deux mots manquaient: négociation et paix. Ceux que devrait brandir l’Europe au nez de Trump qui les revendique mais qui n’avance guère dans ce sens. Le narcissique brouillon se croit très finaud mais ses promesses tournent mal. A commencer chez lui, où la frénésie des droits de douane est en train de démolir son économie. 

Ingérence anti-démocratique en Roumanie

Oui, l’Europe a raison de se poser, face au monde, en défenderesse de la démocratie et des libertés. Mais gare à elle lorsqu’elle approuve ou provoque la violation des droits en son propre sein. En Roumanie où le vainqueur des élections présidentielles annulées est interdit de se présenter aux prochaines. Non, Călin Georgescu n’est pas un fasciste pro-russe. Cet ancien haut fonctionnaire de l’ONU, certes chrétien engagé et conservateur, est un homme raisonnable. Clair dans son propos critique mais maîtrisé de bout en bout. Fort calme. Une écoute sans préjugés de ses vidéos en atteste. Il a respecté les procédures, il exige l’accomplissement du jeu démocratique. Il ne souhaite quitter ni l’UE ni l’OTAN mais s’y faire mieux entendre. Depuis le début, il prône la fin de la guerre en Ukraine − à sa porte − par la négociation. Son pays est devenu une base occidentale face à la Russie, avec des milliers de soldats étrangers sur son sol. Comment ne pas comprendre son inquiétude et celle de si nombreux Roumains? Les malheureux ne sont pas au bout de leurs tracas. Les candidats nationalistes qui entendent prendre le relais sont bien plus extrémistes et inquiétants que l’«affreux» Georgescu.

La France a joué un rôle actif dans cette affaire. Macron a dénoncé une ingérence russe jamais prouvée. Ironie… au même moment on a découvert que l’USAID a de son côté arrosé de millions les opposants au candidat critique du système et des partis traditionnels. De notoriété publique entachés de scandales de corruption. L’ambassadeur de France est intervenu auprès du président de la Cour constitutionnelle pour que tout se passe ainsi. Il se dit, à Bucarest, que des spécialistes français y sont venus pour aider la campagne gouvernementale contre l’opposition… sur Tiktok et les réseaux sociaux. Vraisemblable au vu de vidéos soudain plus sophistiquées que jamais. 

Qui va payer les dépenses militaires?

Enfin, il faut bien dire que l’esprit de croisade manifesté à la tête de l’UE a de quoi inquiéter les contribuables européens. Il est question de mobiliser l’épargne privée pour arriver aux 800 milliards de dépenses militaires promis par Mme von der Leyen, laquelle a sorti en hâte ce chiffre de son chapeau.

«Roulez, tambours!», comme disait Henri-Frédéric Amiel en 1857 dans son chant guerrier, alarmé par la menace prussienne sur Neuchâtel. D’accord, mais de grâce, pas au point d’assourdir tous les Européens. 

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