Auteur d'un mémorable «Ordinary People» il y a une décennie, le Serbe Vladimir Perisic est de retour avec «Lost Country», histoire d'un garçon tiraillé entre sa famille et sa conscience politique naissante. Avec la même rigueur, ce film revisite un trauma personnel subi dans la Serbie de Slobodan Milosevic. Même resté sans distributeur en Suisse, on peut le découvrir ces jours à Genève et Lausanne.
Sommaire
Il était de ces cinéastes talentueux qui disparaissent parfois sans laisser de traces, le plus souvent victimes des aléas commerciaux du cinéma. Heureusement, on peut parler à l’imparfait pour Vladimir Perisic, porté disparu depuis 2009 et son inoubliable Ordinary People, film impacable qui démontrait comment des jeunes recrues peuvent être poussées à commettre un crime contre l’humanité. Impardonnable en Serbie, où le jeune auteur né en 1976 s’est retouvé ostracisé. Le voici pourtant qui ressurgit de nulle part avec Lost Country, présenté de même que le précédent à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Presque comme si de rien n’était, tant l’inspiration est proche et le style, modeste et précis, n’a quasiment pas varié.
Croisé à Genève, aux Cinémas du Grütli, Perisic nous a donné cette explication: «J’étais jeune et inconscient. Si j’avais su tout ce qui allait me tomber dessus, la violence des réactions, je ne suis pas sûr que j’aurais le courage de refaire ce premier film. Comme il a fallu que je gagne ma vie autrement, j’ai fondé une petite maison d’édition, qui a déjà publié plus de 120 titres, principalement sur la politique et les arts. Puis, alors que ce deuxième film commençait à mûrir, est encore arrivé le Covid.» Voilà qui élucide la douzaine d’années de silence, mais pas encore la tenacité qui lui a permis de reprendre le fil là où il l’avait laissé.
Fils du scénariste Predrag Perisic et de l’universitaire Nada Popovic, qui fut ministre de la Culture dans les années 1990, Vladimir Perisic a aussi eu la chance d’avoir gardé un pied en France depuis ses études à la Fémis. C’est ainsi qu’une amie d’études, la cinéaste Alice Winocour (Augustine et Proxima, par ailleurs compagne de Jean-Stéphane Bron à la ville), est devenue une précieuse collaboratrice pour ses scénarios. Et en particulier celui-ci, plus proche de sa propre expérience: comment un adolescent dont la mère est liée au régime commence à réaliser l’iniquité de ce dernier et se trouve pris dans un terrible conflit de loyauté. Un trauma personnel qu’il a traversé au moment de l’effondrement de l’ex-Yougoslavie et qu’il lui a fallu remettre à bonne distance.






Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.