La part du rêve en politique

Publié le 3 décembre 2019

En politique désormais, l’approche rationnelle ne suffit plus. – © Peter Gronemann/CC

Le SPD allemand vient de donner un coup de barre à gauche avec la nouvelle direction qu’ont choisie ses membres, quitte à menacer la coalition au pouvoir. Le PS suisse pourrait faire de même lors de leur prochain congrès. La social-démocratie, partout en Europe ou presque, perd des plumes, parfois jusqu’à l’effondrement comme en France et à l’est de l’Europe. La droite traditionnelle a aussi bien des soucis. Les «vieux» partis sont dans le désarroi. Parce que le monde change. Parce que l’approche rationnelle ne suffit plus. Parce que c’est aussi la part du rêve qui agite la société.

On devrait le savoir en Suisse mieux qu’ailleurs. Depuis 30 ans, c’est un rêve, bien peu réaliste, qui a propulsé un parti, l’UDC, à la première place. Ce ne sont pas ses performances de gestionnaire ni sa vision d’un avenir adapté aux temps nouveaux qui ont fait son succès. Mais bien la promesse d’une patrie pure, fière de son isolement, nourrie de ses symboles mythologiques, adulatrice d’une fumeuse identité helvétique, débarrassée des ses conflits d’intérêts, accrochée aux modes de vie ancestraux. Tout le contraire de la réalité sociologique et économique d’aujourd’hui. 
Nous votons certes pour qui promet de défendre nos intérêts personnels et tangibles. Les partis qui se veulent raisonnables, avec des programmes concrets, gardent donc encore une belle part de gâteau. Mais celle-ci s’est réduite au fil des ans. Au profit d’autres chantres, les populistes, depuis si longtemps, et aujourd’hui, à l’opposé, les Verts de tout poil. 
Car les écolos font aussi rêver. «Sauver la planète», c’est vertueux et nécessaire, mais c’est un pari aussi ambitieux que fonder «l’Homme nouveau» cher à Che Guevara, aussi mégalomane que le slogan des capitalistes: «Enrichissez-vous». Dans chacune des ces visions, il y a la volonté de dépasser le réel, le quotidien. Bien sûr, nombre de Verts gardent les pieds sur terre mais tous s’appuient sur une projection dans l’avenir. 
Ce que ne fait pas, ou plus, la social-démocratie. Elle s’attache plutôt à gérer le présent. En proposant des améliorations, des aménagements ici et là, mais dans une approche finalement pas si...

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