A quoi sert la flotte suisse de haute mer?

Publié le 14 novembre 2019

Le cargo suisse SCL Anita au large de Fremantle (côte ouest de l’Australie) en 2016. – © Von Bahnfrend – CC BY-SA 4.0

Connaissiez-vous l'existence de la flotte suisse de haute mer? Derrière ce paradoxe apparent, une nécessité pour les approvisionnements en cas de menaces de guerre, disait-on il y a 11 ans, quand le Parlement votait l’investissement à une quasi-unanimité. Mais depuis, le discours des politiciens comme des grands médias a totalement changé. Et on ne se l’explique pas. Infosperber a donné un coup de pied dans la fourmilière ce lundi.

En mars 2008, quand le Conseil national a approuvé le crédit de garantie renouvelé avec 153 voix pour et 2 contre, ni les politiciens ni les grands médias n’ont remis en question la soi-disant nécessité d’une flotte de haute mer pour approvisionner la Suisse en cas de menaces politiques ou militaires. Mais depuis, 21 navires de haute mer sur 47 ont été vendus. «C’était donc nécessaire il y a 11 ans et maintenant les navires sont vendus», résume infosperber.ch. Comment expliquer que le crédit supplémentaire que vient de demander le Conseil fédéral pour les garanties arrivées à échéance est de 129 millions, alors qu’il en faudrait au moins quelques centaines pour qu’un pays comme la Suisse puisse être réellement approvisionné?

La NZZ s’énerve même dans son édition du 8 novembre 2019 d’un coût jugé démesuré en parlant de ce crédit supplémentaire. En réalité, plus personne ne semble soutenir la nécessité de cet investissement, vendu comme une anticipation de risques. Face à cette situation surréaliste, le monde politico-médiatique est embarrassé.

Or, voici sur quoi devraient porter les investigations journalistiques, et infosperber les énumère très bien: y a-t-il réellement la nécessité d’une flotte suisse de haute mer? Et quelle que soit la réponse à cette première question, qui a fait en sorte qu’un tel investissement passe comme une lettre à la poste il y a 11 ans au parlement? Y aurait-il eu des magouilles?

Le doute est en effet permis. Certes, c’est être complotiste que de voir des complots partout, mais c’est être tout aussi complotiste que de croire qu’il n’y a jamais de complot. Où sont les journalistes qui chiennent, qui fouinent, sur ce genre de sujets? Pas dans les grands médias, apparemment.

Et ce n’est pas tout: souffrez, chers lecteurs, qu’en 2016 «le Conseil fédéral a décrit d’un abracadabra l’importance de la politique d’approvisionnement et la nécessité d’une flotte suisse de haute mer comme étant « faible, sinon sans importance »», toujours selon infosperber.ch. La justification: aujourd’hui, les trois quarts des denrées alimentaires et la totalité des produits pétroliers sont importés d’Europe.

Or, les importations de denrées alimentaires hors de l’Europe ont diminué de seulement 5% depuis 2007. Et pour le pétrole, cela s’est toujours fait à l’intérieur du continent. Ainsi, comme le résume l’article, «une flotte de haute mer est considérée en 2007 comme absolument nécessaire pour approvisionner le pays en biens et services essentiels – en cas de menaces politiques, militaires, ou de graves pénuries. Dix ans plus tard, la même flotte est considérée comme totalement insignifiante, même si les possibilités d’approvisionnement n’ont que peu changé.» Qu’attend-on donc pour faire des économies et trouver les coupables?


Lire l’article original ici.


Le point en chiffres:

  • La flotte suisse de haute mer, dont le port d’attache est Bâle, avait, en 2017, une capacité de chargement totale de 1,7 millions de tonnes. 
  • Le Département fédéral des affaires étrangères supervise cette flotte, exploitée par 6 sociétés de transport battant pavillon suisse. 
  • Les équipages sont composés de moins de 10% de Suisses. Ils sont Ukrainiens, Philippins, Russes et Croates en majorité. 
  • Le secteur des transports maritimes, dans son ensemble, génère 4% du PIB. 
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