Plus d’heures de travail, moins de salaire

Publié le 28 mai 2026

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Alors qu’en Suisse les hôpitaux, les EMS et de nombreux secteurs peinent à recruter, le Parlement fédéral multiplie les attaques contre le droit du travail. Conditions de travail dans les soins, salaires minimaux, travail dominical ou temps partiel: sous la pression des milieux patronaux et des assureurs, plusieurs protections des salariés sont remises en cause au moment même où la pénurie de personnel qualifié atteint un niveau critique.

Rudolf Strahm, article publié sur Infosperber le 27 mai 2026, traduit et adapté par Bon pour la tête

Toute une série de dispositions du droit du travail font actuellement l’objet de pressions visant à les supprimer ou à les affaiblir au sein du Parlement fédéral. Les conditions de travail sont en interaction directe avec la coûteuse rotation du personnel et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

Aucune aide pour le personnel soignant

Nous sommes confrontés à une pénurie manifeste de personnel qualifié dans le secteur des soins, à tous les niveaux. Il en résulte des heures supplémentaires non désirées, un surmenage, une fatigue excessive, du stress et un sentiment d’insuffisance. Chaque année, des milliers d’infirmières diplômées quittent la profession. Près de 60 % du personnel soignant travaille à temps partiel, afin, selon leurs propres dires, de pouvoir répondre aux exigences professionnelles.

Cette pénurie d’assistants en soins et en santé et d’assistants en soins et en accompagnement est également le fruit d’une politique interne. En effet, après l’extension de la libre circulation des personnes en 2007, les directeurs d’hôpitaux ont de plus en plus recruté du personnel qualifié à l’étranger au lieu de former leur propre personnel qualifié dans le pays.

C’est notamment en raison de la pénurie de personnel soignant que l’initiative fédérale sur les soins a été acceptée en novembre 2021. Les électeurs s’attendaient sans doute à une amélioration des soins dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux. Dans une première étape de mise en œuvre, des subventions de formation supplémentaires ont été décidées mi-2024. Mais la deuxième étape, plus importante, visant à améliorer les conditions de travail et à les rendre plus attractives afin de fidéliser le personnel soignant, n’a toujours pas été mise en œuvre.

Amélioration des conditions de travail: quasi nulle

Deux tables rondes sur l’amélioration des conditions de travail dans le secteur des soins n’ont donné que peu de résultats. Le Conseil fédéral a alors présenté ses propres propositions au Parlement en février de cette année. Elles ont été examinées lors de la session de mai au Conseil national. Mais le Parlement n’a pas agi avec sagesse: sous l’influence du lobbying de l’association des hôpitaux H+ et de certains assureurs-maladie, les propositions du Conseil fédéral ont été presque toutes rejetées. Il n’en est presque rien ressorti en termes d’amélioration des conditions de travail dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux:

  • Pas de réduction de la durée maximale hebdomadaire de travail de 50 à 45 heures – alors que la norme est de 45 heures par semaine dans les bureaux et l’industrie.
  • Pas d’augmentation de la rémunération des heures supplémentaires.
  • Rejet de la compétence du Conseil fédéral de fixer de manière flexible la durée normale de travail entre 40 et 42 heures hebdomadaires. Le Conseil national a décidé d’une durée fixe de 42 heures.
  • Rejet de la compétence du Conseil fédéral de réduire le plafond du nombre d’heures supplémentaires et de la possibilité de les compenser de manière flexible par du temps libre.
  • Limitation de la majoration salariale pour le travail dominical à 25 %, au lieu d’une fourchette flexible allant jusqu’à 50 %.
  • Pas de délais de préavis plus longs et plus favorables au personnel pour les plans de service, afin que celui-ci puisse mieux planifier ses vacances et ses absences. Si le préavis est inférieur à deux semaines, la compensation s’élève à 25 %.
  • Répercussion ultérieure des surcoûts liés aux améliorations des conditions de travail sur les tarifs des caisses-maladie, c’est-à-dire sur les assurés et les cantons. Pendant la période transitoire, la Confédération et les cantons participent aux surcoûts.
  • Pas de droit d’action pour les associations de salariés visant à faire constater des dérogations à la loi.
  • Pas d’obligation de mettre en place des commissions de surveillance dans chaque canton, à l’instar des commissions tripartites pour les mesures d’accompagnement en matière de protection des salaires.

Les salaires minimaux des CCT inférieurs aux salaires minimaux légaux

Une nouvelle attaque contre le droit du travail a été lancée par une motion du conseiller aux États centriste d’Obwald, Erich Ettlin. Ce dernier siège également à la Chambre suisse des arts et métiers. La loi sur les conventions collectives de travail (CCT) doit, selon la motion Ettlin, être modifiée de manière à ce que les salaires planchers convenus dans les CCT priment sur les salaires minimaux légaux dans les cantons et les villes. Ces derniers, généralement fixés par des référendums populaires, se situent le plus souvent entre 20 et 23 francs de l’heure. Les salaires planchers des CCT sont inférieurs dans certaines branches. La motion Ettlin touche environ aux deux tiers les travailleurs des deux branches à bas salaires que sont la restauration et les entreprises de nettoyage, lesquelles emploient majoritairement des femmes issues de l’immigration.

Les syndicats s’opposent farouchement à cette sous-enchère salariale légale. Mais ils se retrouvent face à un dilemme. En effet, les conventions collectives de travail étaient jusqu’à présent considérées comme des modèles de partenariat social. Les CCT régissent non seulement les salaires dans la branche, mais aussi les prestations sociales, les vacances et les loisirs, les horaires de travail ainsi que les indemnités d’absence et de maladie. Dans le débat «salaire CCT contre salaire minimum légal», les syndicats doivent certes rejeter la sous-enchère salariale par rapport aux salaires CCT, mais ils ne doivent pas dénigrer les CCT sur le plan conceptuel.

Encore plus de commerce le dimanche

Une autre attaque contre le monde du travail concerne le travail dominical. Il y a deux semaines, le Conseil fédéral a décidé de soutenir l’initiative cantonale de Zurich et d’étendre à l’échelle nationale le nombre de dimanches de vente autorisés de quatre à douze par an. Cela s’ajoute aux ventes dominicales déjà autorisées dans les gares, les stations-service et les autorisations spéciales. La lutte pour l’extension constante des horaires d’ouverture des magasins se poursuit.

La chute de l’Union patronale suisse

La flexibilisation des horaires de travail est une épine dans le pied de l’Union patronale suisse (UPS). Severin Moser, qui en est le président depuis 2023, a lancé une campagne contre les soi-disant «travailleurs à temps partiel par choix de vie». Selon ses estimations, 86 000 emplois à temps plein seraient perdus en raison des modèles de temps partiel des plus de 50 ans. Avec cette expression choc de leur invention, « temps partiel lifestyle », ils entendaient dénigrer la flexibilisation du travail par le biais de modèles de préretraite pour les seniors et les besoins familiaux des jeunes femmes, et les discréditer en les qualifiant de paresse et d’irresponsabilité liées au mode de vie.

Or, le travail à temps partiel a été le facteur principal qui a permis d’augmenter la participation des femmes et des seniors au marché du travail. 43 % des salariés âgés de 25 à 39 ans (dont deux tiers de femmes) justifient leur besoin de temps partiel par la garde des enfants.

Les conditions de travail et les besoins évoluent rapidement. Il faut faire preuve de plus de sagesse dans l’organisation du travail et d’une plus grande sensibilité aux différents besoins des salariés. Mais il vaut mieux tenir les fonctionnaires et les lobbyistes de l’association patronale à l’écart de la résolution de ce problème!

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Il s’agit d’une tribune libre de Rudolf Strahm, ancien surveillant des prix et ancien conseiller national PS. Son article a d’abord été publié dans la Handelszeitung.

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