Le Liban entre ruines et rêves
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Nacer contemple les ruines. Depuis le bord de la route qui longe la Dahiyé, la banlieue sud de Beyrouth, le jeune investisseur de 41 ans laisse son regard glisser sur les immeubles éventrés, les façades noircies, les rues réduites à des couloirs de gravats. Israël a frappé. Le Hezbollah a répondu. Et, dans les décombres, Nacer voit — c’est son métier — une opportunité. «Les prix de l’immobilier ont explosé, dit-il, presque gêné de sa propre lucidité. A chaque guerre, les Libanais des Emirats, d’Arabie saoudite, d’Australie achètent les terrains bombardés. Les champs détruits deviennent des projets immobiliers. C’est absurde, c’est le Liban.»
Il n’y a pas d’ironie dans la voix de Nacer. Il y a quelque chose de plus grave: l’habitude. Les Libanais ont appris à recycler leurs catastrophes. Leurs ambulances sont privées. L’eau est privée. L’électricité est privée. La mort aussi, parfois. L’Etat est une fiction administrative à laquelle personne ne croit vraiment et, pourtant, c’est précisément cet Etat fantôme que le monde entier, ce printemps, semble vouloir réanimer.
Car depuis mars 2026 et l’embrasement direct entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran, le Liban est redevenu ce qu’il a toujours été: un champ de bataille par procuration. Washington pousse à une normalisation avec Israël. Riyad orchestre le retour du pays dans un giron sunnite. Téhéran réduit ses transferts financiers au Hezbollah sans lâcher la bride. Et la France? Paris, longtemps protectrice historique des chrétiens du Liban et garante de l’accord de Taëf, s’est progressivement effacée. Macron est...
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