Même l’éternité a une fin

Publié le 9 décembre 2022

Drapeau russe déployé sur le lac Baïkal gelé. – © Yurii travels – CC-BY-SA-4.0

«Novaïa Gazeta», le journal de l’intelligentsia russe a dû s’exiler après maintes tracasseries et des attaques contre plusieurs de ses rédacteurs. Il paraît maintenant à Riga (Lettonie). On y trouve de grandes voix, comme celle de Leonid Gozman qui livre sa réflexion sur l’avenir de son pays.

Il constate que «de nombreux Russes sont revenus au mode de pensée soviétique: le système durera toujours». Et s’inscrit en faux. L’actuel régime aura une fin. Tôt ou tard.

Pour le pire? «Soit des monstres complets prendront les rênes – un casting pour ceux-ci est déjà en cours – soit l’effondrement ultime de l’Etat provoquera une guerre de tous contre tous lorsque les armées privées des niveaux régional et fédéral noieront le pays dans le sang, de sorte que la guerre civile que nous avons connue au début du XXème siècle semblerait être un jeu d’enfant comparée à celle-ci.»

Pour le meilleur? Guzman n’ose pas encore définir l’espoir. Il invite ses compatriotes à «ne pas être désespérés mais prêts».

Prêts aux inéluctables chambardements. Pourquoi? «Le régime de Poutine peut être comparé à un très vieil homme qui ne peut plus vivre et qui va bientôt mourir d’une maladie ou d’une autre, même s’il semble aller plutôt bien. Le problème n’est pas que le système soit atroce et immoral: le monde a vu des choses bien pires. Le système est d’une inefficacité abyssale. Il n’a eu pratiquement aucun succès ces dernières années. Les quelques projets achevés, tels que le pont du détroit de Kerch, passent inaperçus alors que d’innombrables fois, pratiquement tout ce qui avait été promis d’être achevé à temps a finalement été reprogrammé et reporté. Sombre bilan aussi du côté de l’armée: il s’est avéré que l’armée ne savait pas comment mener une guerre. Que parmi toutes les compétences militaires, les généraux couverts de médailles ne possèdent que la voix du commandant.» 

Et d’énumérer les faiblesses du système. La fuite des cerveaux, la natalité en baisse, les pannes de l’éducation et de la santé…

«Le régime sent qu’il perd le soutien de l’électorat progressiste et avant-gardiste, c’est pourquoi il s’est concentré sur la tactique de l’archaïsme ces dernières années, déclarant que l’ignorance est une force, que le passé inventé est l’avenir et que l’autocratie émane de l’esprit du peuple.»


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