Marine Le Pen invente l’extrémisme angora

Publié le 22 avril 2022

Photo © Nelly Vranceanu

Marine Le Pen a commencé à battre sa campagne en faisant patte de velours. Plus de feulement, ni de coups de griffes dans les médias. C’est le doux ronron qui domine. Il faut dire qu’elle a engagé un maître en communication: le chat. Mais si l’on gratte un peu, l’extrême-droite apparaît. Marine Le Pen a inventé l’extrémisme angora. Tout doux en surface et griffu sur le fond.

A en croire la légende lepéniste, le divorce d’avec son père aurait commencé le jour où le chat de Marine a été boulotté par le doberman de Jean-Marie. Sans doute, y a-t-il une touffe de vérité dans cette histoire.

La mise en scène de sa passion féline est permanente, sur ses réseaux sociaux et dans la presse complaisante comme Valeurs Actuelles et Gala. L’un annonce que cinq chatons bengals ont rejoint les six autres minous de la candidate à la présidentielle. L’autre révèle qu’elle a profité du confinement pour passer un diplôme d’éleveuse professionnelle de chats.

Caresser l’électeur dans le sens du poil

Rien de tel que de se faire photographier en train de porter un minet dans son giron pour caresser l’électeur dans le sens du poil. Un chat apparaît… Et toutes les vilaines polémiques, les méchants rappels aux liens avec Poutine, aux incompétences économiques majeures s’effacent pour laisser place à l’attendrissement, puis aux échanges de recettes concernant la meilleure pâtée. 

Tout le monde a un chat, enfin presque. Moi-même, j’en ai quatre et j’ai trouvé une marque de croquettes qui… Mais qu’est-ce que je raconte! Voyez comme agit ce tigre portatif sur l’âme humaine! Il vous fait perdre le Nord. Et de là, à vous faire voter à l’Est comme Le Pen, il n’y a qu’un saut-de-chat.

Zemmour en «idiot utile»

Bien sûr, le Roi Matou n’explique pas tout. Eric Zemmour par ses discours délirants et clairement fascistes a automatiquement recentré Marine Le Pen. Une aubaine pour l’opération «dédiabolisation» lancée depuis plusieurs années et qui a trouvé en cet «idiot utile» un accélérateur inespéré. Loin de diviser l’électorat d’extrême-droite, les zemmouriades ont permis à la cheffe du Rassemblement National (RN) de paraître plus raisonnable, voire plus modérée et en tout cas moins antipathique. La sociologue Nonna Mayer constate d’ailleurs qu’elle a ramené dans ses filets des suffrages féminins qui ont toujours manqué aux lepénistes (lire ici).

A l’extrême-droite, toute!

Tout en douceur fourrée, Marine Le Pen tente ainsi de faire oublier qu’elle demeure une politicienne d’extrême-droite. Or, son programme atteste de cette appartenance (lire ici la version officielle). La proposition centrale du RN reste ancrée dans l’insécurité et le rejet de l’immigration, comme pour toutes les formations d’extrême-droite. En voici les thèmes principaux:

  • Mettre fin à l’immigration de peuplement et au regroupement familial.
  • Traiter les demandes de droit d’asile uniquement à l’étranger. 
  • Réserver les aides sociales aux Français et conditionner à cinq années de travail en France l’accès aux prestations de solidarité. 
  • Assurer la priorité nationale d’accès au logement social et à l’emploi. 
  • Supprimer le droit du sol et limiter l’accès à la nationalité à la seule naturalisation sur des critères de mérite et d’assimilation.

Les «vrais Français» et les autres

Toutes ces mesures figurent dans le programme officiel de la candidate frontiste aujourd’hui, comme naguère et même jadis. Rien de nouveau sous le soleil brun. La suppression de l’acquisition de la nationalité française par la naissance sur le sol national relève typiquement d’une vieille revendication de l’extrême-droite.

Avec pour conséquence qu’une partie de la population née en France sera exclue des droits dévolus aux citoyens dont Marine Le Pen réserve la priorité aux «vrais Français», notamment en matière sociale, de logement, de travail. On imagine la suite: la discrimination officielle entraînera le repli sur les communautés religieuses ou culturelles et la haine entre elles ne fera que croître. Si, par cette mesure, Marie Le Pen veut «éradiquer l’islamisme» et préserver la paix publique, elle se met la griffe dans l’œil!

Certes, un pays comme la Suisse ne connaît pas le droit du sol et l’acquisition de sa nationalité reste malaisée; pourtant aucun des troubles que je viens de citer ne s’y produit. Tout d’abord, la Suisse est en ce domaine tout sauf exemplaire. Ensuite, cette situation est née il y a bien longtemps. Les résidents non-suisses savent donc à quoi s’en tenir. Rien de tel en France qui connaît le droit du sol sous sa forme moderne depuis 1851. D’où les frustrations intenses que provoquera un changement aussi radical de situation, d’autant plus que les «vrais Français» bénéficieront, selon les vœux de la candidate, d’une priorité aux aides sociales.

Variations lepénistes

Il existe encore bien d’autres marqueurs d’extrême-droite dans la rhétorique de Marine Le Pen comme l’indique cet article de France Inter. En faire le compte exact serait fastidieux.
Mettra-t-elle à exécution ses propositions si d’aventure elle réussit à transformer l’Elysée en chatterie? En matière de programme, Marine Le Pen se révèle bien changeante. Elle voulait abolir la double-nationalité; ce point ne figure plus dans son catalogue. A la suite de son père, elle cherchait à rétablir la peine de mort; la cheffe du RN a tout d’abord reculé en en faisant le sujet d’un référendum, avant de l’occulter carrément.

C’est dire si un quinquennat Marine risque de tanguer à en donner le mal de mer.

Force est de constater qu’en matière de projets législatifs, Marine Le Pen n’est pas d’une fidélité canine.

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