Macron et Bayrou, deux spécimens pour l’histoire

Publié le 27 décembre 2024

© Shutterstock

Les historiens chercheront un jour à comprendre comment, dans tant de pays, la classe politique s’est coupée du peuple. Le président et le premier ministre provisoire de la République française retiendront leur attention. Deux caricatures opposées.

Les démocraties ont souvent rêvé de confier les rênes à des technocrates hors du jeu politique. Le coup a été tenté en 2017 avec l’élection d’Emmanuel Macron. Un jeune surdoué, diplômé de l’ENA, passé par la banque privée, fonctionnaire, puis ministre de Hollande dont il se détourne pour créer son propre mouvement «En marche». Accro de sa prof plus âgée de 24 ans qu’il finit par épouser. Et le peuple? Il l’a vu de loin, de haut. Jamais élu dans sa commune ou son département. Jamais connu la routine des courses en hâte pour le repas du soir. Jamais calmé les pleurs de son enfant, il n’en a pas. Toujours enfermé entre secret et exhibitionnisme. L’exemple type de l’«élite» parachutée au pouvoir. Et puis arrive le moment critique. Où le bon faciès et la parole habile ne font plus d’effet. Comme l’ont démontré les élections européennes puis législatives. Claque sur claque.

Et alors apparaît, jusqu’aux yeux de ses fervents partisans, la nature profonde de l’oiseau qui a horreur de la contradiction, son narcissisme exacerbé. Et les plombs pètent chez ce spécimen super formaté. Les vidéos du président parlant aux Mahorais après la catastrophe de Mayotte sont ahurissantes. Devant leur mécontentement exprimé dans la rue, il s’énerve, il les engueule avec une arrogance bruyante. L’image, ou ce qu’il en reste, en prend un coup.

Alors faut-il préférer les vieux routiers?

Le copain du susnommé, avec lequel il se querelle volontiers, François Bayrou, c’est la figure opposée. Le jeune prof de lettres aux attaches paysannes fraie la politique depuis cinquante ans. Frotté à tous les marchés de rue. La bonhommie en personne. Elu local, départemental, régional, puis à l’Assemblée, ministre un temps, le voilà qui revient. Après trois tentatives d’arriver à la présidence, à chaque fois bien ratées. Dans l’inépuisable quête du centrisme. Le pouvoir, chez ce type d’individus, est une drogue qui accroche jusqu’au dernier souffle. 

Se manifeste soudain un phénomène inattendu. Celui qui si s’est si longtemps mêlé au peuple perd à son tour le contact. L’âge n’aide pas avec un discours lent et tâtonnant, quelques bourdes surexploitées par les adversaires. Mais c’est pire encore: il ne comprend pas comment fonctionne la société d’aujourd’hui, avec l’hyperréactivité des réseaux, de leurs raccourcis, avec le bouillonnement des impatiences fébriles. L’expérience qu’il vante apparaît comme un chemin d’opportunismes, d’ambitions déçues. Trop c’est trop. A le voir dans ses jongleries rouées pour mettre en place un gouvernement hétéroclite, à l’entendre s’emmêler les pinceaux devant les micros, on n’est presque saisi de pitié. D’autant plus que la tâche paraît sans issue: réunir les inconciliables. Dans la hâte d’un nouveau roi, ou d’une reine.

Conclusion?

Les jeunes forts en thème à la mine assurée déçoivent vite. Les vieux accrochés à leur épais carnet d’adresses se retrouvent soudain à côté de la plaque. N’y aurait-il pas moyen, dans nos démocraties, de trouver des personnalités qui ont fait leurs preuves, sur le terrain, dans quelque entreprise, mais pas centrées sur leur carrière politicienne? La France n’en manque pas. Le hic, c’est que ces figures de talent n’ont aucune envie de s’afficher à la une d’un théâtre discrédité.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Société

Assassinat ou suicide? Les zones d’ombre persistent autour de la mort de Marilyn Monroe

Le destin de la célèbre actrice continue de fasciner autant qu’il interroge. Plus de soixante ans après sa mort, les circonstances de son décès nourrissent d’innombrables controverses. La version officielle, lacunaire, a fait fleurir de nombreuses théories alternatives. A l’occasion du centenaire de la naissance de la star, plongée dans (...)

Martin Bernard
PolitiqueAccès libre

La Suisse fracturée?

C’est en tout cas ce que redoute Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire UDC au Conseil national. Il lance un cri d’alarme après le rejet de l’initiative sur la Suisse à dix millions qu’il avait concoctée avec ses amis il y a quatre ans.

Jacques Pilet

La guerre, l’euphorie et l’effroi

Les Européens ont toutes raisons de détester la guerre. Mais quelques-uns de leurs chefs paraissent fascinés par sa perspective. Le 14 juillet que prépare Emmanuel Macron en atteste. Outre les Français, des Britanniques, des Allemands et des Ukrainiens défileront ensemble, en présence d’Ursula von der Leyen. Ce vacarme,
comme (...)

Jacques Pilet
Politique

Tunisie, la grande désillusion

Sous le régime de Kaïs Saïed, le pays qui incarna le «printemps arabe» est devenu une vaste cage. Économie sinistrée, presse muselée, opposants derrière les barreaux: quinze ans après la révolution du jasmin, la Tunisie se bat contre ses vieux démons.

Sid Ahmed Hammouche
Histoire

La faille qui a permis à Voltaire de dévaliser l’Etat français

Voltaire ne s’est pas contenté d’écrire contre le pouvoir. En 1730, avec le mathématicien La Condamine, il monte un syndicat de treize complices pour exploiter une faille légale dans une loterie d’Etat, raflant l’équivalent de plusieurs millions d’euros sans enfreindre une seule loi. Une opération qui le rend riche et (...)

Martin Bernard
Politique, Culture

Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère politique?

Après son roman très remarqué «Le Mage du Kremlin», Giuliano da Empoli nous livre, dans cet «essai littéraire», une analyse aussi incisive que mémorable de la scène politique internationale. Compte rendu de rencontres entre puissants auxquelles il a assisté à différents titres, mise en garde contre l’insouciance avec laquelle nous (...)

Bon pour la tête
Politique

Les accords Suisse-UE cachent «une intégration sans précédent» à l’UE

L’expression «Bilatérales III», soigneusement choisie par le Conseil fédéral, minimiserait les conséquences constitutionnelles des accords entre la Suisse et l’Union européenne signés le 13 mars dernier, sur lesquels le peuple se prononcera. C’est la conclusion du professeur émérite Paul Richli, mandaté par l’Institut de politique économique suisse de l’Université de (...)

Martin Bernard
Politique

Donald Trump ou le stade anal de la politique

Que le chef de la première nation du monde se prenne pour Jésus-Christ et invective le pape qui l’a remis à sa place témoigne d’une inquiétante régression politique. Après le stade oral — celui du verbe creux — de ses prédécesseurs, le président américain, tel un bébé tyrannique assis sur (...)

Guy Mettan
Culture

La subversion, joyeuse et insolente, excessive et sans concession  

La première édition de l’«Anthologie de la subversion carabinée» de Noël Godin a paru en 1988 à L’Age d’homme. La voilà revue et augmentée aux Editions Noir sur Blanc. Ce livre, à rebours de l’esprit de sérieux, ne s’adresse pas aux tièdes, les textes qui s’y trouvent ne craignent pas (...)

Patrick Morier-Genoud
Politique, Philosophie

Les «Lumières sombres» ou le retour de la tentation monarchique aux Etats-Unis

Et si la démocratie libérale n’était qu’une illusion? Derrière cette hypothèse se déploie la pensée des «Lumières sombres», une nébuleuse intellectuelle radicale qui séduit une partie des élites technologiques et politiques américaines, jusqu’à l’entourage de Trump lui-même.

Martin Bernard
Politique

Vainqueur ou vaincu, Viktor Orban continuera à compter

A quelques jours d’échéances électorales décisives en Hongrie et en Bulgarie, l’Union européenne tente, une fois de plus, de peser sur des scrutins à haut risque politique pour elle. Entre tensions avec Budapest, recomposition des forces à Sofia et montée des courants souverainistes, les résultats de ces élections pourraient compliquer (...)

Guy Mettan
Politique, Société

Léon XIV en Algérie: un pape pour la première fois sur la terre de saint Augustin

Jamais un pape n’a posé le pied en Algérie. Léon XIV le fera les 13 et 14 avril prochains: deux jours, deux villes, Alger et Annaba. Un pape américain en terre d’islam, à l’heure où brûle le Proche-Orient et où les prophètes du choc des civilisations semblent avoir le vent (...)

Sid Ahmed Hammouche
Politique, Histoire, Philosophie

La philosophie et la haine de la démocratie

Depuis Platon, la philosophie occidentale entretient un rapport ambivalent, souvent hostile, à la démocratie. Derrière l’éloge contemporain de cette dernière se cache une méfiance profonde à l’égard du «dêmos», le peuple, jugé instable, passionnel ou incapable de vérité. Et si la «vraie» démocratie ne pouvait advenir qu’au prix d’une transformation (...)

Barbara Stiegler
Politique

Alexeï Navalny et la grenouille équatorienne

Accusations intempestives, toxines exotiques et emballement médiatique: le scénario des empoisonnements russes se répète inlassablement. Après les cas Markov, Litvinenko ou Skripal, voici l’affaire Navalny, la dernière en date. Pourtant, à chaque fois, les certitudes politiques précèdent les preuves. Entre communication soigneusement orchestrée et zones d’ombre persistantes, une question demeure: (...)

Guy Mettan
Politique

Sahara occidental: la realpolitik contre l’autodétermination

Entre principes juridiques et rapports de force, le Sahara occidental reste un révélateur des tensions qui traversent la scène internationale. Ajustements diplomatiques européens, repositionnements américains, choix français et posture algérienne illustrent les contradictions d’un dossier où se croisent décolonisation inachevée, enjeux de souveraineté et intérêts stratégiques. Au-delà du conflit territorial, (...)

Nordine Saadallah
Politique

La redevance, le plus injuste des impôts

La campagne démarre dans l’échange tumultueux d’arguments pour et contre l’initiative «200 francs, ça suffit»: les partisans ne voient guère dans quel triste état se retrouvera le paysage médiatique après des coupes massives dans ce service public; les opposants n’entrevoient pas davantage comment le maintien d’une taxe à peine réduite (...)

Jacques Pilet