Publié le 16 novembre 2020

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Pour Anselme Jappe, le béton incarne la logique capitaliste. Il est le côté concret de l'abstraction marchande, et comme elle il annule toutes les différences. Produit de manière industrielle et en quantité astronomique, avec des conséquences écologiques et sanitaires désastreuses, il a étendu son emprise au monde entier en assassinant les architectures traditionnelles et en homogénéisant par sa présence tous les lieux.

Béton, arme de construction massive du capitalisme, d’Anselm Jappe, est une mise en accusation du deuxième matériau le plus utilisé au monde après l’eau. L’auteur s’y prend parfois de manière surprenante, comme lorsqu’il oppose Opération béton, le film de 1955 de Jean-Luc Godard sur la construction du barrage de la Grande-Dixence, à Mon oncle (1958), le chef d’œuvre de Tati. Ce dernier critiquant l’architecture moderne tandis que Godard encenserait les grands travaux de génie civil.

Les méfaits du béton selon l’auteur? Il détruit les fonctions écologiques les plus essentielles: pollinisation, contrôle des marées, production de l’oxygène, purification de l’eau. Et le sable, la matière première utilisée dans la fabrication

du béton, est devenu, à force d’être surexploité, une ressource précieuse aux mains de diverses mafias dans de nombreux pays.

Obsolescence programmée

Pour Anselm Jappe qui enseigne la philosophie en Italie, l’élément déclencheur a été l’écroulement du viaduc Morandi à Gênes, en août 2018. Cela l’a amené à s’interroger sur la durée de vie limitée du béton armé, sur son obsolescence programmée, à porter l’accent sur les matériaux, à juger les constructions modernes du point de vue de l’architecture vernaculaire et à tenter de mettre en évidence un fort rapport entre le béton et la logique de la valeur marchande.

Pour ce qui est du pont, le problème n’était pas le béton lui-même, expose-t-il, mais sa version béton armé, à laquelle il n’accorde que 30 ans avant de dépérir. Et si l’effondrement du pont...

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